Toutes les maladies
Guide santé · Chat · Rénal / Chronique

MRC / IRC

Maladie rénale chronique chez le chat

La maladie rénale chronique (MRC) est l'une des maladies les plus fréquentes chez le chat âgé. Elle évolue lentement et en silence, mais une prise en charge adaptée peut offrir plusieurs années de bonne qualité de vie.

Définition

Qu'est-ce que la maladie rénale chronique ?

La MRC est une détérioration progressive et irréversible des reins. Lorsque plus de 65 à 75 % des néphrons (unités filtrantes) sont atteints, l'organisme ne peut plus éliminer efficacement les déchets : on parle alors d'azotémie. La maladie touche surtout les chats d'âge moyen à avancé et progresse souvent de façon insidieuse, détectée tardivement si aucun bilan régulier n'est effectué.

50 %
des chats de plus de 15 ans sont touchés
3e
maladie la plus fréquente chez le chat âgé
+17 mois
détection avancée grâce au marqueur SDMA
Plusieurs années
de survie possible avec une bonne prise en charge

Les 4 grandes fonctions des reins

Filtration des déchets
Élimination de l'azote uréique (BUN), de la créatinine et des autres toxines issues du métabolisme cellulaire.
Régulation de la pression artérielle
Contrôle du volume sanguin et de la tension artérielle via le système rénine-angiotensine.
Production d'érythropoïétine
Sécrétion de l'hormone EPO qui stimule la formation des globules rouges dans la moelle osseuse.
Équilibre hydrique et électrolytique
Régulation de l'eau, du potassium, du sodium et des phosphates dans tout l'organisme.

La MRC se distingue de la maladie rénale aiguë (MRA), qui survient brutalement suite à un traumatisme, une intoxication ou une infection sévère. Les deux formes peuvent coexister chez le même animal.

Signes cliniques

Signes et symptômes

La MRC progresse souvent en silence. Les premiers signes sont subtils et fréquemment attribués au vieillissement normal. Apprendre à les reconnaître tôt peut changer le cours de la maladie.

Stade initial

Souvent confondu avec le vieillissement normal
  • Fatigue, sommeil prolongé
  • Perte musculaire progressive, démarche raide
  • Perte de poids légère à modérée
  • Haleine fétide (halitose)
  • Perte d'appétit, légères nausées
  • Vomissements ou diarrhées occasionnels

Stade intermédiaire

Consultez votre vétérinaire
  • Mictions plus fréquentes (polyurie)
  • Soif augmentée de façon notable (polydipsie)
  • Isolement, comportement plus calme
  • Difficultés respiratoires légères ou halètement
  • Salivation excessive, inconfort buccal
  • Pelage négligé, toilette réduite

Stade avancé

Consultation urgente recommandée
  • Yeux enfoncés, déshydratation sévère
  • Ulcérations buccales (gencives, langue)
  • Démarche instable (ataxie), faiblesse marquée
  • Vocalisations nocturnes, désorientation
  • Convulsions (si urémie très élevée)
Urgences

Quand consulter immédiatement ?

Ces signes indiquent une décompensation rénale aiguë ou une complication grave nécessitant une prise en charge vétérinaire sans délai.

  • Détresse respiratoire, halètement intense
  • Incapacité à se déplacer, effondrement soudain
  • Convulsions ou tremblements
  • Refus total de s'alimenter pendant plusieurs jours consécutifs
  • Vomissements ou diarrhées incontrôlables
  • Prostration, absence de réaction aux stimuli
  • Vocalisations de douleur intense
En cas d'urgence, contactez immédiatement votre vétérinaire ou une clinique d'urgence.
Diagnostic

Comment établit-on le diagnostic ?

Beaucoup de chats atteints de MRC ne présentent aucun signe clinique en phase précoce. Un bilan régulier à partir de 7 à 9 ans est la meilleure façon de détecter la maladie avant l'apparition des symptômes.

SDMALe marqueur SDMA (diméthylarginine symétrique) peut détecter une insuffisance rénale jusqu'à 17 mois avant que la créatinine ne s'élève, lorsque seulement 25 à 40 % de la fonction rénale est perdue. C'est aujourd'hui le marqueur de référence pour le dépistage précoce chez le chat.

1

Analyses sanguines

Dosage du BUN (azote uréique) et de la créatinine pour évaluer l'azotémie. Le SDMA est un marqueur plus sensible qui détecte la perte de fonction rénale bien plus tôt. Bilan complet incluant électrolytes, phosphore, potassium et numération globulaire (anémie).

2

Analyse d'urine

Mesure de la densité urinaire : une urine peu concentrée (isosthénurie) est un signe précoce important. Recherche de protéines (ratio protéines/créatinine urinaire), de cellules anormales, de cristaux et de bactéries.

3

Imagerie

Radiographies abdominales pour évaluer la taille et la forme des reins. Échographie pour examiner la structure rénale, détecter des kystes (polykystose), des calculs rénaux ou des lésions focales.

4

Examens complémentaires

Culture d'urine pour exclure une infection sous-jacente. Mesure de la tension artérielle (hypertension fréquente). Recherche active de comorbidités : hyperthyroïdie, maladies dentaires, cardiopathie, dont la prise en charge peut ralentir la progression rénale.

Traitement

Traitement et gestion

La MRC n'est pas curable, mais elle est gérable. L'objectif est de ralentir la progression, de soutenir la fonction rénale restante et d'assurer la meilleure qualité de vie possible. Un plan personnalisé, régulièrement ajusté, est essentiel.

Régime rénal
  • Alimentation humide (boîtes) : favorise l'hydratation naturelle et réduit la charge de travail rénale.
  • Faible teneur en phosphore : limite l'hyperphosphatémie, qui accélère la dégradation rénale.
  • Protéines de haute qualité, en quantité contrôlée : réduit la production de déchets azotés sans causer de malnutrition.
  • Sur prescription vétérinaire : les aliments rénaux (Hills k/d, Royal Canin Renal, etc.) répondent à des critères stricts; ne pas substituer sans avis.
Hydratation
  • Fontaines à eau : encouragent la consommation volontaire et réduisent la concentration urinaire.
  • Alimentation humide exclusive : apporte 70 à 80 % de l'eau nécessaire directement via la nourriture.
  • Fluides sous-cutanés à domicile : technique enseignée par le vétérinaire pour les stades avancés; prévient les crises de déshydratation.
  • Hospitalisations ponctuelles : fluidothérapie intraveineuse lors des décompensations aiguës.
Médicaments et suppléments
  • Anti-hypertenseurs : amlodipine, telmisartan, bénazépril pour contrôler la pression artérielle et réduire la protéinurie.
  • Liants du phosphore : carbonate de calcium, chitosan : réduisent l'absorption intestinale du phosphore.
  • Anti-nauséeux / stimulants d'appétit : maropitant, mirtazapine, ondansétron pour maintenir une alimentation suffisante.
  • Traitement de l'anémie : érythropoïétine recombinante, darbopoïétine, suppléments en fer selon la sévérité.
Comorbidités et suivi
  • Hyperthyroïdie : doit être traitée prudemment (risque de démasquer une MRC sous-jacente); suivi rénal étroit après traitement.
  • Infections urinaires : culture et antibiothérapie ciblée; les infections non traitées accélèrent la dégradation.
  • Maladies dentaires : source d'inflammation chronique pouvant aggraver la progression rénale.
  • Contrôles réguliers : bilans sanguins et urinaires tous les 3 à 6 mois pour adapter le traitement en continu.
Pronostic

Stades IRIS et pronostic

Le système IRIS (International Renal Interest Society) classe la MRC en 4 stades selon la créatinine et le SDMA plasmatiques. Le stade oriente les décisions thérapeutiques et donne une indication du pronostic à long terme.

Stade 1
Asymptomatique
Créatinine: < 1,6 mg/dLSDMA: < 18 µg/dL
Aucune azotémie mesurable. Détecté uniquement via SDMA ou analyse d'urine. Pronostic excellent avec prise en charge précoce : plusieurs années de bonne qualité de vie sont possibles.
Stade 2
Légèrement azotémique
Créatinine: 1,6 à 2,8 mg/dLSDMA: 18 à 25 µg/dL
Signes cliniques souvent absents ou discrets. La grande majorité des chats répondent bien au traitement et maintiennent une bonne qualité de vie pendant 2 à 5 ans ou plus.
Stade 3
Modérément azotémique
Créatinine: 2,9 à 5,0 mg/dLSDMA: 26 à 38 µg/dL
Signes cliniques présents et souvent significatifs. Traitement intensifié. Survie médiane de 1 à 3 ans avec une bonne gestion. Qualité de vie préservable avec un suivi rigoureux.
Stade 4
Sévèrement azotémique
Créatinine: > 5,0 mg/dLSDMA: > 38 µg/dL
Urémie sévère, risque de crises. Survie de quelques semaines à quelques mois. Soins palliatifs pour le confort. L'euthanasie doit être envisagée dès que la qualité de vie devient inacceptable.

Le pronostic est également influencé par les comorbidités (hypertension, anémie, protéinurie), la réponse au traitement et la rapidité de la prise en charge. Un chat en stade 2 avec hypertension ou protéinurie sévère peut progresser plus rapidement qu'un chat en stade 3 bien contrôlé.

À domicile

Soins à domicile

Améliorer le confort quotidien

Gamelles et bol d'eau surélevés, facilement accessibles
Eau filtrée ou fraîche, changée quotidiennement
Fontaine à eau pour stimuler la consommation
Alimentation humide adaptée aux reins (sur prescription vétérinaire)
Endroits calmes, chauds et sécurisés pour se reposer
Litières multiples, propres et facilement accessibles (sans escaliers si possible)
Fluides sous-cutanés à domicile
Pour les chats en stade 3 ou 4, l'administration de fluides sous-cutanés à domicile (100 à 150 ml, 2 à 3 fois par semaine) peut considérablement améliorer leur confort et réduire les hospitalisations. Votre vétérinaire vous formera à la technique : c'est plus simple qu'il n'y paraît, et la plupart des chats le tolèrent très bien.

Gestion active de la maladie

Respecter strictement les médicaments prescrits (anti-hypertenseurs, liants du phosphore, etc.)
Surveiller l'appétit, la quantité d'eau bue et le volume des urines chaque jour
Peser le chat chaque semaine : toute perte de poids soudaine est un signal d'alarme
Contrôler le stress : éviter les changements brusques, les bruits forts, l'introduction non supervisée de nouveaux animaux
Visites vétérinaires régulières (tous les 3 à 6 mois minimum) pour ajuster le traitement
Enrichissement adapté : jouets doux, perchoirs, interaction calme; éviter les exercices intenses si le chat est faible
Maintenir une routine stable et des espaces calmes accessibles en permanence

À surveiller chaque jour

Appétit et quantité mangée
Volume et aspect des urines
Poids et niveau d'énergie
FAQ

Questions fréquentes

Comment détecter une MRC avant l'apparition des symptômes ?
Le marqueur SDMA peut détecter une perte de fonction rénale lorsque seulement 25 à 40 % de la capacité est perdue, soit environ 17 mois avant que la créatinine ne s'élève. Un bilan sanguin annuel incluant le SDMA dès l'âge de 7 ans est la meilleure stratégie de dépistage précoce. La densité urinaire est un autre indicateur précoce : une urine peu concentrée peut signaler une MRC avant même que les marqueurs sanguins ne s'élèvent.
Mon chat a une hyperthyroïdie et une MRC : laquelle traiter en premier ?
C'est une question délicate. L'hyperthyroïdie augmente le flux sanguin rénal et peut masquer une MRC : la créatinine peut paraître normale malgré une insuffisance rénale sous-jacente. Traiter l'hyperthyroïdie sans surveiller étroitement les reins peut révéler une MRC qui semblait absente. La recommandation actuelle : débuter le traitement de l'hyperthyroïdie progressivement, tout en surveillant la fonction rénale à 1, 3 et 6 semaines après le début du traitement.
Faut-il vraiment faire des injections sous-cutanées à la maison ?
Pas obligatoirement, mais pour les chats en stade avancé, les fluides sous-cutanés à domicile améliorent souvent significativement le confort, réduisent les hospitalisations et peuvent prolonger la survie. La technique est enseignée par le vétérinaire et bien tolérée par la majorité des chats. La plupart des propriétaires, même sans expérience médicale, y arrivent très bien après une démonstration. Si votre chat est en stade 3 ou 4, discutez-en avec votre vétérinaire.
Mon chat MRC mange peu; comment l'aider à maintenir son poids ?
La perte d'appétit est l'une des complications les plus difficiles à gérer. Quelques stratégies efficaces : réchauffer légèrement la nourriture (libère les arômes), proposer plusieurs petits repas au lieu de deux grands, tester différentes textures et saveurs de nourriture rénale. Des stimulants d'appétit comme la mirtazapine (comprimé ou gel cutané) ou le capromorelin peuvent être prescrits. L'anti-nauséeux maropitant aide si des nausées sont présentes. Ne jamais revenir à une nourriture non-rénale sans avis vétérinaire.
La MRC est-elle héréditaire ? Mon autre chat risque-t-il de l'avoir ?
Certaines races présentent une prédisposition génétique : les Persans et les Himalayens sont prédisposés à la polykystose rénale (PKD), une forme héréditaire de MRC détectable par échographie ou test ADN. Les Siamois et les Abyssins présentent également une légère prédisposition. Cela dit, la grande majorité des cas de MRC chez le chat sont idiopathiques (cause inconnue) ou liés à l'âge. Un dépistage régulier de tous vos chats de plus de 7 ans reste recommandé, indépendamment de la race.
À quel moment l'euthanasie devient-elle la décision la plus humaine ?
La MRC en stade terminal se manifeste par une anorexie totale, une faiblesse extrême, des convulsions, une désorientation et une incapacité à profiter de quoi que ce soit. Lorsque votre chat ne mange plus, ne peut plus se déplacer confortablement et semble souffrir en permanence malgré les soins, l'euthanasie est l'acte le plus bienveillant. Votre vétérinaire peut vous aider à évaluer la qualité de vie objectivement (échelles QoL) et vous accompagner dans cette décision.

Cette fiche est fournie à titre informatif et éducatif uniquement. Elle ne constitue pas un avis médical vétérinaire et ne remplace pas une consultation avec un médecin vétérinaire qualifié. Chaque animal est unique; son état de santé doit être évalué individuellement. Si vous avez des inquiétudes concernant la santé de votre chat, contactez notre clinique ou consultez un vétérinaire sans délai.

Votre chat senior mérite un bilan rénal régulier.

Un dépistage précoce peut faire toute la différence. Notre équipe est là pour vous accompagner à chaque étape de la maladie rénale de votre chat.