Ce guide est un outil d'accompagnement à domicile. Si votre animal ne peut plus respirer, chaque seconde compte : commencez les gestes et faites appeler la clinique sans attendre au 514 223-1197.
Tousse-t-il, ou s'étouffe-t-il vraiment ?
C'est la première question, et elle change tout : faire des poussées sur un animal qui tousse, fait de l'asthme ou a l'estomac tordu peut lui nuire. Le vrai étouffement est un objet qui bloque les voies respiratoires. Le reflexe utile est de regarder comment il respire.
Le test le plus simple : la respiration
Toux et étouffement se ressemblent, car les deux font expulser l'air avec force. La différence est l'inspiration : un animal qui tousse arrive encore à inspirer entre deux quintes; un animal qui s'étouffe pour de vrai n'arrive plus à faire entrer l'air, et une obstruction complète est souvent silencieuse. Retenez ceci : tant qu'il tousse, aboie, miaule ou fait du bruit, l'air passe encore.
Chez le chien
L'air passe encore
- Il tousse ou a des haut-le-cœur bruyants
- Bave abondante, se frotte la gueule avec les pattes
- Agité, cherche à déloger quelque chose
Plus d'air : urgence
- Efforts pour respirer, mais aucun son
- Panique, se gratte frénétiquement la gueule
- Gencives et langue qui bleuissent
- S'effondre, perd connaissance
Chez le chat
L'air passe encore
- Haut-le-cœur, bave, se frotte la gueule
- Tente d'avaler sans y arriver
- Toux bruyante par quintes
Plus d'air : urgence
- Gueule ouverte, sans le moindre son
- Gencives pâles ou bleutées
- Titube, démarche chancelante
- S'effondre
Chez le chat, le vrai étouffement est rare
La plupart des « mon chat s'étouffe » sont autre chose : une quinte de toux, une crise d'asthme ou une boule de poils. Un chat qui tousse mais respire bien entre les épisodes n'a presque jamais un objet coincé. En revanche, un chat qui se griffe la gueule, panique et ne fait plus aucun son, lui, s'étouffe : passez aux gestes.
Ça ressemble à un étouffement, mais souvent ce n'en est pas
Plusieurs situations imitent l'étouffement sans en être. Les reconnaître vous évite des gestes inutiles, voire nuisibles :
- L'éternuement inversé : le chien fige, tend le cou et fait de bruyants reniflements en inspirant, quelques secondes, puis redevient parfaitement normal. C'est bénin et ça passe tout seul.
- La toux de chenil : une toux sèche « en klaxon » par quintes, qui finit sur un haut-le-cœur ramenant un peu de mousse blanche. Le chien respire bien entre les quintes et reste vif.
- L'asthme du chat : accroupi, le cou tendu vers l'avant, il tousse à répétition sans rien produire. Ce n'est pas une boule de poils : c'est une urgence à faire voir.
- La paralysie laryngée : un chien âgé de grande race (souvent un Labrador) qui respire de façon rauque et bruyante à la chaleur ou à l'excitation, avec un aboiement changé.
Une toux qui revient, avec une respiration normale entre les épisodes ? Voyez notre guide de la toux et appelez-nous : c'est bien plus souvent une toux qu'un objet coincé. Gérer une toux incessante. l'asthme du chat · la paralysie laryngée.
Le sosie le plus dangereux
Un grand chien à poitrine profonde (Danois, Berger allemand, Setter, Caniche royal) qui a des haut-le-cœur à répétition sans rien produire, souvent avec un ventre qui gonfle, de l'agitation et de la bave, ne s'étouffe pas : il fait probablement une torsion d'estomac. C'est une urgence chirurgicale distincte. Ne perdez pas de temps à lui fouiller la gueule : filez au centre d'urgence.
Blocage partiel ou total : quoi faire
Une fois que vous savez que c'est un vrai étouffement, la conduite dépend d'une seule chose : est-ce qu'il passe encore de l'air ?
Blocage partiel : l'air passe encore
Il tousse, émet un son, respire avec effort mais respire : ne faites surtout pas de poussées, et ne fouillez pas sa gueule (vous risquez d'enfoncer l'objet et de vous faire mordre). Gardez-le calme, empêchez-le de courir, et appelez-nous tout de suite en restant prêt à agir s'il s'aggrave.
Blocage total : plus aucun air
Il ne fait plus de son, panique, se gratte la gueule, bleuit ou s'effondre : intervenez immédiatement (sections suivantes). Si quelqu'un est avec vous, qu'il appelle la clinique et prépare la voiture pendant que vous agissez.
Les gestes ne remplacent pas le vétérinaire, ils l'accompagnent : on agit ET on prend la route, jamais l'un à la place de l'autre.
Regarder dans la gueule, sans aggraver
La règle tient en deux mots : on regarde, on ne fouille pas. Un objet ne se retire que si vous le voyez bien et pouvez le saisir, en un seul essai.
Ouvrez la gueule en vous protégeant
Une main sur le dessus du museau, l'autre abaissant la mâchoire, tête légèrement inclinée. Repliez ses babines sur ses dents : elles servent de coussin et protègent vos doigts. Ouvrez assez pour vraiment voir.
Dégagez la vue
Tirez doucement la langue vers l'avant avec un linge ou une gaze (elle est glissante) : cela ouvre le passage et laisse voir le fond de la gorge.
Retirez seulement le visible, un seul essai
Si vous voyez et pouvez saisir l'objet, retirez-le doucement, sans jamais l'enfoncer. Un seul essai : chaque tentative coûte de l'oxygène et abîme la gorge.
Rien de visible, ou ça résiste ? Arrêtez
Ne fouillez pas à l'aveugle et ne forcez rien : passez aux gestes de la section suivante, ou prenez la route.
Ce que vous touchez au fond n'est pas toujours un objet
Au fond de la gorge, une structure ferme et lisse (le larynx, la « pomme d'Adam », et les petits os qui le soutiennent) ressemble exactement à un os coincé. Tirer dessus peut blesser gravement. Ne tirez jamais sur quelque chose que vous ne voyez pas et ne reconnaissez pas clairement comme un objet.
Prudence : morsures et pinces
Un animal qui étouffe mord, même le plus doux : à deux, l'un tient la gueule ouverte, l'autre retire. Les pinces ou une pince à épiler, seulement sur un objet bien visible et immobile, jamais chez un chat conscient (un mouvement brusque et l'outil perce les tissus). Dans le doute, ne fouillez pas.
Un fil chez le chat : ne tirez JAMAIS
Si vous voyez un fil, une ficelle, un ruban, une guirlande ou un élastique dans la gueule ou sous la langue de votre chat (parfois relié à une aiguille), ne tirez surtout pas dessus, et ne coupez pas la boucle vous-même. L'autre bout peut descendre jusque dans l'intestin, et tirer risque de le cisailler. Filez chez le vétérinaire, même si votre chat semble bien.
S'il ne peut plus respirer : les gestes
Ces gestes sont pour un blocage total, quand l'air ne passe plus. Le principe : créer une poussée d'air pour éjecter l'objet, fermement et sans hésiter.
Chez le chat conscient : ne le maîtrisez pas de force
Un chat encore conscient qui panique se débat, se blesse et vous mord. S'il respire encore un peu, mettez-le dans sa cage et foncez : c'est la meilleure chose à faire. Les gestes ci-dessous ne s'appliquent qu'au chat qui s'effondre et ne respire vraiment plus.
Selon la taille de votre animal
Petit chien et chat
Tenez-le dos contre votre poitrine, tête vers le haut. Avec les bouts de doigts (pas le poing) dans le creux mou juste derrière la dernière côte, donnez 5 poussées vives vers l'intérieur et le haut. Si l'objet reste : tenez-le tête en bas par les hanches et donnez quelques secousses douces.
Chien moyen et grand
Placez-vous debout derrière lui, vos bras autour de son ventre sous les côtes. Poing fermé dans le creux juste derrière la dernière côte, l'autre main par-dessus, donnez 5 poussées vives vers l'intérieur et le haut. Trop lourd à soulever ? Relevez ses pattes arrière en « brouette » pour ajouter la gravité.
5 poussées, fermement
Vives et fermes, vers l'intérieur et le haut (voir la position selon la taille ci-dessus). Un geste trop timide ne dégage rien : dosez la force à la taille, des bouts de doigts pour un tout-petit au poing plein pour un grand chien.
5 claques entre les omoplates
Si l'objet n'est pas sorti, donnez 5 claques sèches entre les omoplates avec le plat de la main.
Revérifiez la gueule
Regardez si l'objet est sorti et visible; retirez-le. Sinon, ne fouillez pas à l'aveugle.
Recommencez en route
Répétez le cycle (poussées, claques, vérifier) pendant que quelqu'un conduit vers le vétérinaire. Téléphonez pour qu'on vous attende.
S'il perd connaissance
Si l'animal perd connaissance, les règles changent : c'est enfin le moment où l'on peut regarder la gueule sans risque de morsure. Mais tout va très vite.
Couchez-le et vérifiez la gueule
Sur le côté, tête et cou alignés. Ouvrez la gueule, tirez la langue vers l'avant, retirez l'objet s'il est visible (le balayage du doigt devient acceptable). Ne dépassez pas 10 à 15 secondes.
Donnez de l'air par le nez
Gueule fermée, soufflez doucement dans le nez jusqu'à voir la poitrine se soulever (chez un chat ou un petit chien, couvrez le nez et la gueule ensemble). La poitrine ne bouge pas ? L'air ne passe pas : revenez aux poussées et à la gueule.
Commencez la RCP si besoin
Si la respiration ou le cœur s'arrête, sur une surface ferme : comprimez le thorax d'environ un tiers de sa largeur, vite (100 à 120 par minute), 30 compressions pour 2 insufflations, sans cesser plus de quelques secondes. Ces chiffres sont un repère, pas un cours.
Foncez
Quelqu'un conduit pendant que vous continuez, téléphone en mains libres avec la clinique. Ne continuez jamais seul au volant.
Une balle lisse coincée chez un chien inconscient
C'est le pire scénario canin : une balle glissante se bloque au fond de la gorge, et les doigts comme les pinces glissent dessus. Pour ce cas précis, des urgentologues vétérinaires décrivent une manœuvre d'extraction par l'extérieur du cou (appelée XXT), réservée au chien inconscient : on pousse la balle vers la sortie en appuyant de chaque côté de la trachée, derrière elle. Ce n'est pas un geste à improviser, mais savoir qu'il existe aide à comprendre ce que l'équipe d'urgence pourra tenter. Elle n'est pas encore validée par une étude : raison de plus de la laisser à des mains formées.
Le meilleur moment pour apprendre, c'est avant
Une page ne peut pas transmettre le geste dans les mains : un cours de secourisme animalier, suivi à froid, le peut. La Croix-Rouge canadienne offre un cours en ligne « Secourisme, soins aux chiens et aux chats », et Ambulance Saint-Jean une formation en français. Demandez-nous, nous vous orienterons volontiers.
Après : toujours faire voir l'animal
Même si l'objet est sorti et que votre animal semble parfaitement remis, faites-le examiner. Toujours, et le jour même.
Un effet sur les poumons
L'effort désespéré pour respirer peut faire passer du liquide dans les poumons, même une fois l'objet sorti. Ça apparaît souvent dans les heures qui suivent, alors que l'animal semblait aller bien.
La gorge peut enfler
L'objet et les gestes de secours irritent la gorge, qui peut gonfler et se rétrécir quelques heures après coup, bien après que l'objet soit parti.
Les poussées laissent des traces
Même bien faites, les poussées peuvent meurtrir les côtes ou les organes. L'examen, parfois une radiographie, est justement là pour vérifier.
« Il a l'air correct maintenant. Dois-je quand même consulter ? »
Oui, le jour même. Après tout épisode d'étouffement, même court et même si votre animal semble complètement rétabli, faites-le examiner. Le voir tôt, c'est ce qui permet d'attraper à temps le liquide dans les poumons, l'enflure de la gorge ou une pneumonie d'aspiration.
L'objet est descendu au lieu de sortir ?
S'il a avalé l'objet (surtout un os, une aiguille ou une ficelle), c'est un autre problème : ne le faites jamais vomir de vous-même, quoi que vous ayez lu en ligne. Un fragment tranchant peut se coincer ou déchirer à la remontée, et chez le chat aucune méthode maison n'est sûre. Appelez-nous tout de suite en décrivant ce qu'il a avalé. Si c'est plutôt un produit ou un aliment toxique qu'il a avalé, voyez notre guide des aliments toxiques et poisons.
Une urgence, sans attendre
Respiration rapide ou difficile au repos, mousse rosée au nez ou à la gueule, gencives pâles, grises ou bleutées, toux qui apparaît, grande fatigue, ventre douloureux ou gonflé, selles noires, vomissements (surtout avec du sang) : filez au centre d'urgence.
Prévenir l'étouffement
La plupart des étouffements sont évitables. Quelques habitudes changent tout.
- La balle : plus large que la gueule et texturée, jamais lisse et pleine ni prévue pour un plus petit chien. Oubliez la balle de tennis lancée à un Labrador, et les balles de golf ou de crosse : une balle lisse juste assez petite pour glisser derrière la langue est le danger nº 1.
- Une balle trouée doit avoir deux trous, ou aucun : un seul trou peut créer une succion qui aspire et emprisonne la langue.
- La fin d'une gâterie à mâcher est le moment critique : le dernier bout d'un bâtonnet ou d'un cuir brut ramolli est pile de la bonne taille pour bloquer la gorge. Surveillez, et échangez le bout contre une gâterie.
- Jamais d'os cuits ni de « gâteries en os » fumées : ils éclatent en fragments qui blessent ou bloquent.
- Bâtons et épis de maïs : lancez un jouet plutôt qu'un bâton, et traitez un épi avalé (saison des BBQ) comme une urgence, même si le chien semble bien.
- Mangeur pressé : coupez la nourriture en petits morceaux, essayez une gamelle anti-glouton, et séparez les animaux qui se disputent le repas.
- Apprenez « donne » comme un échange joyeux contre une gâterie, et ne courez jamais après votre animal pour lui arracher un objet : c'est justement ce qui le fait avaler.
Chez le chat, c'est surtout une histoire de fils
Le vrai danger félin n'est pas la balle mais tout ce qui est filiforme : fil et aiguille, laine, ruban, ficelle d'emballage, guirlande de Noël, soie dentaire, élastiques à cheveux. Rangez le nécessaire à couture sous clé, et les jouets à baguette ou à ficelle hors de portée après chaque jeu supervisé.
Chiots et chatons : les plus exposés
Ils explorent tout avec la gueule et ne distinguent pas la nourriture du reste. Inspectez chaque pièce à leur hauteur (pièces de monnaie, élastiques, chaussettes, petits jouets) et jetez tout jouet déchiré ou dont le couineur peut se détacher.
Vos questions, nos réponses
Ce que les propriétaires nous demandent le plus souvent au sujet de l'étouffement.
Et si je m'y prends mal, ou si je n'y arrive pas à temps ?
Puis-je souffler dans sa gueule pour l'aider à respirer ?
Mon chat a avalé un fil que je vois encore dépasser. Puis-je tirer dessus ?
Mon chien a avalé un os de poulet mais il ne s'étouffe pas. Dois-je m'inquiéter ?
Il tousse comme si quelque chose était coincé, mais il respire bien entre deux quintes. Est-ce un étouffement ?
L'objet est ressorti et il va bien. Faut-il vraiment consulter ?
Guides liés
Reconnaître, dégager, consulter
D'abord, la bonne question : tousse-t-il ou s'étouffe-t-il vraiment ? Si l'air ne passe plus, regardez la gueule sans fouiller à l'aveugle, puis faites vos poussées et vos claques fermement, en route vers le vétérinaire. Chez le chat, ne tirez jamais sur un fil et ne maîtrisez pas de force un animal conscient. Et même si l'objet est ressorti et que tout semble rentré dans l'ordre, faites examiner votre animal le jour même : les complications peuvent apparaître plus tard.
Un doute, ou un animal qui a failli s'étouffer ?
Après un épisode d'étouffement, même bref, un examen le jour même peut prévenir des complications. Notre équipe est là pour évaluer votre animal.