Symptômes : quoi faire
Guide client · Symptômes et triage

Mon chien boite

soudaine ou progressive ? Trions ensemble

Une boiterie n'est jamais normale chez un chien : c'est un signe, et il mérite une réponse. Mais toutes les boiteries ne commandent pas la même chose ce soir. Cette page vous aide à trier honnêtement : ce qui veut dire partir maintenant, ce qui se voit le jour même, et ce qui peut se reposer jusqu'à l'ouverture.

Les signes graves Avant de lui donner quelque chose Surveiller à la maison

Ce guide vous aide à trier; il ne remplace pas l'examen du vétérinaire. Au moindre doute, appelez-nous au 514 223-1197.

Urgence

Partez maintenant : les signes qui ne peuvent pas attendre

Un seul de ces signaux suffit. Vous n'avez pas à en cocher plusieurs, et vous n'avez pas à attendre de voir si ça passe. Rendez-vous à la clinique ou au centre d'urgence le plus proche, et appelez en route pour qu'on vous attende.

  • Il ne met plus son poids sur la patte, même s'il effleure encore le sol du bout des orteils.
  • La patte pend, ballotte, ou le membre est à un angle qui n'est pas le sien.
  • Une plaie ouverte, de l'os visible, une morsure, ou un saignement qui ne s'arrête pas.
  • La patte enfle à vue d'œil, ou une articulation est chaude et gonflée pendant qu'il est abattu, fiévreux ou tremblant.
  • Il crie, grogne ou cherche à mordre quand vous approchez, ou la douleur ne le lâche pas même couché au repos.
  • Ça vient d'un accident : une voiture, une chute d'un balcon, d'une fenêtre ou dans l'escalier, une bagarre. On part même s'il remarche.
  • Ses pattes arrière faiblissent, il les traîne, il marche sur le dessus du pied, ou il n'arrive plus à se lever (section 3).
  • Une patte arrière est molle et froide, les coussinets sont pâles ou bleutés.
  • Son état général vous inquiète autant que sa patte : gencives pâles, respiration difficile, il s'effondre.
  • Vous lui avez donné un médicament de votre pharmacie. Appelez tout de suite, même s'il a l'air correct (section 2).

Son humeur ne dit rien de ce qu'il y a dans la patte

Un chien qui mange, qui remue la queue et qui tient une patte en l'air part quand même. Une fracture, une luxation ou une articulation qui s'infecte ressemblent exactement à ça dans les premières heures. À la maison, personne ne peut faire la différence, et ce n'est pas à vous de la faire ce soir.

Après un impact, marcher ne veut pas dire indemne

C'est le piège le mieux documenté du dossier. Un chien frappé par une voiture, tombé d'une hauteur ou sorti d'une bagarre peut marcher devant vous et saigner à l'intérieur : les lésions du thorax et de l'abdomen mettent des heures à se déclarer. Notre guide de triage interne le formule ainsi depuis toujours : trauma, même s'il semble bien.

Une morsure, ce sont deux petits trous et beaucoup de dégâts

Ce que vous voyez sur la peau est la pointe de l'iceberg. Les crocs écrasent et déchirent en profondeur, laissent une poche sous la peau et y déposent des bactéries, alors qu'en surface il ne reste presque rien. Une boiterie après une bagarre s'examine, toujours.

Avant de rouler : cinq choses

  • Appelez pour annoncer votre arrivée, idéalement pendant que quelqu'un d'autre conduit. L'appel sert à préparer l'équipe, pas à décider si vous partez.
  • Ne palpez pas la patte pour trouver où ça fait mal : vous risquez d'aggraver la blessure, et même le chien le plus doux peut mordre quand il souffre.
  • Ne donnez aucun comprimé de votre armoire à pharmacie. Ce qui vous soulage, vous, empoisonne le chien.
  • N'improvisez ni attelle ni bandage : un soutien mal placé travaille comme un levier sur l'os, et un bandage trop serré coupe la circulation. Portez-le ou soutenez-le plutôt que de lui faire monter et descendre des marches.
  • Un lien de tissu autour du museau protège tout le monde pendant le transport, sauf dans quatre cas où on ne muselle pas : s'il vomit, s'il respire mal, s'il est blessé à la face, ou s'il a le museau court (bouledogue, carlin, boxer, shih tzu). Pour ces chiens-là, dites-le-nous à l'appel et évitez la chaleur : l'effort et le stress leur coupent le souffle.
La carte signature

Avant de lui donner quoi que ce soit

Le réflexe est humain. Votre chien a mal, et il y a un anti-inflammatoire dans la pharmacie. C'est un réflexe fréquent, et presque toujours celui de quelqu'un qui voulait bien faire. Voici pourquoi on vous demande de ne pas le faire.

Ibuprofène (Advil, Motrin), aspirine

Toxiques pour le chien : ils attaquent la muqueuse de l'estomac et la circulation dans ses reins. Ulcères, saignements digestifs, et dans les cas les plus graves un ulcère qui perce la paroi de l'estomac et qui se répare au bloc opératoire. L'aspirine compte, y compris à faible dose, y compris celle qu'on prend « pour le cœur ».

Naproxène (Aleve)

Le plus traître des trois, et il mérite sa propre ligne : il reste dans le corps du chien pendant des jours, bien plus longtemps que chez nous. Un seul comprimé peut suffire à faire des dégâts, même chez un grand chien.

Acétaminophène (Tylenol)

Dangereux pour le chien, et mortel pour le chat, même un seul comprimé : n'en donnez à aucun animal de la maison. Chez le chien, la marge entre la dose qui soulagerait et celle qui abîme le foie est très mince, et il ne fait rien contre l'inflammation de l'articulation que vous cherchez justement à soulager : le maximum de risque pour zéro bénéfice. Si votre chat en a avalé, même un demi, appelez tout de suite : il peut avoir l'air parfaitement normal pendant des heures avant que ça paraisse, et des soins existent, qui fonctionnent d'autant mieux qu'ils commencent tôt.

Crèmes antidouleur et restes d'ordonnance

Une crème que vous vous mettez sur le dos se lèche. Un médicament prescrit à un autre animal, ou pour un autre épisode, n'est jamais une solution de dépannage : il a été choisi pour un autre corps et un autre problème.

Un anti-inflammatoire qu'il prend déjà

N'augmentez pas la dose de votre propre chef, et n'en ajoutez jamais un deuxième. Deux anti-inflammatoires ensemble, c'est exactement la combinaison qui perce les estomacs. Appelez-nous : c'est une conversation de deux minutes.

Ce que le comprimé de ce soir coûte demain matin

Ce n'est pas seulement une question de toxicité. S'il a reçu un anti-inflammatoire humain ce soir, on ne peut pas mettre l'anti-inflammatoire vétérinaire par-dessus : selon ce qu'il a pris, il peut falloir attendre plusieurs jours avant de commencer le bon médicament. Si sa boiterie relève plutôt d'une cortisone, ou d'une chirurgie cette semaine, le comprimé complique aussi ces deux chemins-là. Et un chien à moitié soulagé se sert de sa patte : sur une fracture ou une articulation infectée, ce n'est pas un soulagement, c'est du dommage en plus.

Vous lui en avez déjà donné ?

Alors la chose la plus utile que vous puissiez faire est de nous le dire, exactement et sans rien retrancher. Personne ici ne vous fera la morale : on a besoin de trois choses pour bien décider. Quoi, combien, et à quelle heure. Une photo de la boîte vaut mieux que le nom, parce que la marque seule ne donne pas la concentration.

Dans la plupart des cas, le bon geste est d'appeler, pas de partir en catastrophe. Partez maintenant si c'est un chat qui a avalé de l'acétaminophène, s'il s'agit d'un petit chien, si les doses ont été répétées, ou si vous voyez du sang dans les vomissements ou des selles noires et goudronneuses.

Le tri qui change tout

Ce n'est peut-être pas une boiterie

Certains signes ne viennent pas d'une patte, mais du dos et de la moelle épinière. La conduite n'est alors pas la même : on ne surveille pas à la maison, on part. Cette section n'a pas de fenêtre de surveillance, et un seul des signes ci-dessous annule toute surveillance décrite ailleurs sur cette page.

Partez maintenant si, d'un coup ou en empirant d'heure en heure, votre chien :

  • ne se lève plus, ou son train arrière s'affaisse quand il essaie;
  • traîne une patte arrière ou les deux, ou marche sur le dessus du pied;
  • a les pattes arrière molles, ou ne les bouge plus du tout;
  • crie, se raidit ou refuse d'être soulevé quand vous touchez son dos ou son cou;
  • se tient voûté, tremble et ne veut plus bouger;
  • n'a pas uriné depuis que ça a commencé, ou se souille sans s'en rendre compte;
  • a aussi les pattes avant faibles ou instables;
  • vient de subir un choc : une chute, une voiture, un chien plus gros.

Le signe qui distingue vraiment les deux

Un chien qui boite épargne sa patte : il sait où elle est, il la pose mal parce qu'elle fait mal. Un chien dont le nerf ou la moelle est atteint la traîne, ou marche sur le dessus du pied, parce qu'il ne sait plus où elle est. C'est le meilleur repère à la maison. Et ce n'est pas réservé aux pattes arrière : un chien qui « boite d'une patte avant », qui garde la tête basse et qui refuse de tourner le cou peut avoir un problème au cou, pas à l'épaule.

L'absence de douleur n'est pas une bonne nouvelle ici

Un chien peut avoir une atteinte sérieuse de la moelle sans crier et sans avoir l'air d'avoir mal. Une patte qui pend, que le chien traîne et qui ne semble pas le faire souffrir doit vous inquiéter davantage, pas moins : quand un nerf est atteint, la patte cesse de faire mal en même temps qu'elle cesse de fonctionner.

Ne testez pas vous-même s'il sent ses pattes

Une patte qui se retire quand on la pince, c'est un réflexe : elle se retire même chez un chien qui ne sent plus rien. Vous risquez une morsure et, pire, une fausse bonne nouvelle qui vous fera attendre.

En attendant de partir, et sans que ça retarde le départ

  • Gardez-le immobile, bien à plat sur une surface ferme, et manipulez-le le moins possible. C'est la consigne de notre guide sur l'animal qui n'arrive plus à se lever, et elle s'applique telle quelle ici.
  • Évitez de le faire marcher, monter des marches, sauter ou se retourner brusquement.
  • Soulevez-le en soutenant en même temps la poitrine et le bassin, le dos le plus droit possible, sans le plier ni le tordre.
  • Petit chien : une caisse de transport ou une boîte rembourrée. Grand chien : une planche, un plateau, ou une couverture tendue à deux, et quelqu'un qui reste près de lui pendant qu'une autre personne conduit.
  • Si vous êtes seul avec un gros chien et que rien de tout ça n'est possible, partez quand même. Un transport imparfait vaut mieux qu'un départ retardé.

Est-ce que le temps compte ?

Oui, aller vite aide. Mais nous n'écrirons aucun délai, et ce n'est pas une omission : il n'existe pas d'heure limite à faire écouler à la maison, et arriver plus tard ne veut jamais dire que ça ne vaut plus la peine. Si une chirurgie doit être envisagée, cela se décide après un examen, jamais au téléphone.

Vous n'êtes pas certain que c'est ça ?

Appelez et décrivez ce que vous voyez : c'est exactement à ça que sert l'appel. Une faiblesse du train arrière installée depuis des semaines chez un chien âgé se regarde aussi, et on tranchera avec vous entre ce soir et un rendez-vous. Mais un chien qui ne peut plus se lever ce soir part maintenant, même si ça allait déjà moins bien depuis longtemps.

Le mythe à démonter

« Il ne pleure pas, donc il n'a pas mal »

C'est la phrase qu'on entend le plus au téléphone, et c'est celle qui fait perdre le plus de temps. Un chien peut souffrir en silence.

La plainte est un signal peu fiable

Certains chiens crient pour presque rien, d'autres ne font aucun bruit avec un ligament rompu. Son absence ne prouve rien, et il ne faut pas attendre un cri pour agir. Le faux repère le plus utilisé n'est d'ailleurs pas le cri : c'est la queue. Un chien qui a mal peut très bien continuer à remuer la queue, à vous accueillir à la porte et à réclamer sa promenade.

Ce qui est fiable, vous l'avez déjà remarqué

C'est la boiterie elle-même. Chez le chien, une patte qui boite est le plus souvent une patte qui fait mal. Et quand une boiterie ne fait pas mal, c'est en général un nerf ou la mécanique du membre qui est en cause : ce n'est pas une meilleure nouvelle, c'est une autre raison de le faire examiner. Ce n'est donc pas à vous de juger s'il a mal, ni à quel point. Personne ne vous le demande. Votre part est déjà faite : vous avez vu que quelque chose n'allait pas.

Les signes que le corps donne à la place du cri

  • Il se lève avec raideur, surtout le matin ou après une sieste.
  • Il hésite devant l'escalier ou la voiture, il ne saute plus sur le divan.
  • Il se fatigue en promenade, il ralentit, il veut rentrer.
  • Il lèche ou mordille une articulation, toujours la même.
  • Il n'aime plus être touché à un endroit, ou il se retire quand on approche.
  • Il halète au repos, sans avoir couru, ou il ne trouve pas de position pour se coucher.
  • Il s'isole, il devient grognon, il dort autrement.

S'il grogne, ce n'est pas de la mauvaise volonté

Le grognement, le raidissement, la tête qui se tourne vers votre main : ce sont des réponses à la douleur, pas des problèmes de caractère. Si ça arrive, arrêtez tout de suite, notez-le et dites-le-nous : c'est une information clinique utile. Et ce soir, les enfants ne s'approchent pas de la patte.

Nous ne vous donnerons pas de grille à cocher

Il existe des échelles de douleur, mais ce sont des outils de clinicien, et une grille donne un seuil, alors qu'un seuil donne la permission d'attendre. Ce que nous vous demandons est plus simple et plus utile : décrivez-nous ce qui a changé.

Le jour même

Ces situations ne se surveillent pas

Elles ne demandent pas forcément l'urgence de nuit, mais elles ne passent pas par la case surveillance, même si la boiterie a l'air légère. Appelez-nous, ou prenez le premier rendez-vous disponible sans laisser passer la journée.

  • Votre chien est encore en croissance. Chez lui, les zones de croissance de l'os sont plus fragiles que le reste du squelette, et une blessure sérieuse peut arriver après un geste tout à fait ordinaire : sauter du divan, se coincer une patte, jouer un peu fort.
  • La boiterie s'accompagne de fièvre, ou votre chien est amorphe et ne mange plus. Une boiterie plus de la fièvre, c'est un chien malade, pas un chien blessé.
  • Plusieurs pattes semblent touchées, vous n'arrivez pas à dire laquelle, ou il est raide partout et marche comme sur des œufs.
  • Une articulation est chaude, enflée, ou n'a plus la même forme que de l'autre côté. Une articulation infectée n'a pas besoin d'une plaie visible pour exister : l'infection peut arriver par le sang, et c'est le délai qui coûte le cartilage.
  • La boiterie change de patte d'un jour à l'autre. Ne cherchez pas à retrouver une tique avant d'appeler : la plupart des gens n'en ont jamais vu une sur leur chien, et la piqûre peut dater de plusieurs semaines.
  • C'est un grand chien d'âge mûr et la boiterie dure, revient, ou empire au fil des semaines. Surtout si vous sentez une bosse dure ou une enflure sur un os d'une patte.
  • C'est un tout petit chien et c'est une patte avant, après un saut du divan, du lit ou de vos bras. L'os de l'avant-bras y est très fin, et c'est une des rares situations où la façon dont on s'y prend dès le départ change beaucoup la suite.
  • Votre chien vit déjà avec une maladie connue ou prend des médicaments. Son seuil est plus court, tout simplement.
514 223-1197

Les tiques sont bien installées dans le sud du Québec, y compris dans la région de Montréal, et leur territoire s'étend. Un chien qui sort ici est un chien exposé, même s'il ne va jamais en forêt. Notre guide sur les tiques rappelle de consulter devant une fatigue inhabituelle, une boiterie, une perte d'appétit ou de la fièvre dans les semaines, voire les mois qui suivent une morsure.

Préparez votre appel (2 minutes)

  • Depuis quand, et est-ce que ça empire, ça stagne ou ça s'améliore ?
  • Quelle patte, et est-ce qu'il pose encore son poids dessus ?
  • Ce qui s'est passé avant : un saut, une course au parc, une chute, une bagarre, rien du tout ?
  • Ses médicaments en cours et ses maladies connues.
  • Mange-t-il ? A-t-il de la fièvre, l'air abattu ? Y a-t-il une plaie ou une enflure ?
À la maison

Surveiller à la maison : un plafond de 24 heures

Si votre chien est adulte, en bonne santé, qu'il appuie encore sur la patte, qu'il mange et qu'il est éveillé, et qu'aucun des signaux des sections précédentes n'est présent, vous pouvez le garder au repos strict jusqu'à l'ouverture. Demain matin, vous appelez, même s'il semble mieux.

Toutes ces conditions à la fois

  • Adulte en bonne santé, sans maladie connue et sans médicament en cours.
  • Il pose encore son poids sur la patte et se déplace seul.
  • Il est alerte et vif : il mange, il boit, il réclame sa vie normale.
  • Aucune plaie, aucune enflure, aucune articulation chaude, pas de fièvre.
  • Aucun accident connu : pas de voiture, pas de chute, pas de bagarre.
  • Aucun signe des sections 1 et 3, et il n'est ni en croissance, ni un grand chien d'âge mûr dont la boiterie traîne.

Ce n'est pas un délai à écouler

C'est la limite au-delà de laquelle on arrête de regarder et on décroche le téléphone. Un seul signal l'annule, à n'importe quelle heure de la nuit. Nous écrivons 24 heures et non deux jours pour une raison simple : deux jours passés à observer, ce sont deux jours de moins pour examiner. Notre page urgence classe d'ailleurs déjà une boiterie soudaine comme un motif d'appel : ce palier ne vous dispense pas de l'appel, il vous dit seulement qu'il peut attendre l'ouverture.

Ce que « repos strict » veut dire

Ce n'est pas « pas de longue promenade ». C'est : en laisse courte, dehors seulement pour les besoins, puis on rentre. Pas d'escaliers, gardez-le sur un seul étage. Pas de saut sur le divan, sur le lit ni dans l'auto : on le soulève ou on l'aide. Pas de course, pas de balle, pas de tiraillage, pas de parc à chiens, pas de jeu avec l'autre chien de la maison. Une pièce calme plutôt que la liberté de la maison. Un chien qui boite un peu se sent souvent assez bien pour aggraver sa blessure.

À ne pas confondre avec l'arthrose : chez un chien arthrosique déjà diagnostiqué, la consigne maison est l'inverse, bouger en douceur plutôt que le repos strict. Le repos strict décrit ici vaut pour une boiterie nouvelle et non diagnostiquée, sur une durée courte.

Ce que vous pouvez regarder, et comment

Avec la lampe de votre téléphone, et seulement s'il vous laisse faire : le dessous des coussinets, entre les doigts, les ongles et le pourtour de l'ongle. Vous cherchez une coupure, un saignement, un ongle cassé ou arraché, un doigt enflé, un corps étranger. Comparez avec la patte de l'autre côté.

  • On regarde, on ne fouille pas. Ne sondez pas une plaie, ne faites pas tremper, ne désinfectez pas.
  • Un objet planté reste planté. On ne le retire pas : on part avec.
  • Au premier raidissement, à la première tête qui se tourne vers votre main, vous arrêtez. Ça ne veut pas dire qu'il est méchant, ça veut dire que ça fait mal.

L'hiver montréalais, deux choses différentes sous les pattes

Une boiterie qui commence en pleine promenade par temps froid est parfois une simple boule de glace prise entre les doigts : regardez avant de conclure. Les fondants et le sel des trottoirs, eux, assèchent, fissurent et peuvent brûler les coussinets, et ça se voit à la maison, au retour.

Ce qu'on ne fait pas

  • Ne le faites pas marcher pour voir jusqu'où il force. Filmez plutôt les quelques pas qu'il fait déjà en sortant : de côté, à distance, une dizaine de secondes. Cette vidéo vaut de l'or à l'examen, parce que beaucoup de chiens cachent leur boiterie une fois rendus à la clinique.
  • Ne pliez pas la patte, ne cherchez pas le point qui fait mal, ne massez pas. Localiser la douleur, c'est le travail de l'examen.
  • Ni glace ni chaleur ce soir. Ce sont des traitements, et le mauvais des deux sur la mauvaise blessure aggrave l'inflammation ou brûle la peau. Ça se décide quand on sait ce qu'on traite.
  • Aucun bandage, aucune attelle. Un bandage trop serré coupe la circulation.
  • Ne le réveillez pas pour vérifier, et n'organisez pas de test de marche à minuit.

Un seul de ces signaux annule la surveillance

  • Il cesse de poser son poids sur la patte, ou il la tient en l'air.
  • Il crie, il tremble, il halète au repos, il n'arrive plus à s'installer.
  • Une patte, un doigt ou une articulation enfle, devient chaude, ou change de forme.
  • Il refuse de manger, il devient amorphe, il a l'air fiévreux.
  • La boiterie empire au lieu de s'améliorer, ou une deuxième patte s'y met.

Demain matin, il n'y a que deux réponses

La boiterie est complètement partie : passez à la section suivante, il vous reste un test à faire. Elle est encore là, même un peu, même bien mieux qu'hier : prenez rendez-vous. Pas l'urgence, un rendez-vous. Une boiterie qui a passé la nuit mérite des mains sur la patte, pas une deuxième journée de surveillance.

Urgence ce soir, ou rendez-vous demain ?

Une boiterie légère, sur laquelle votre chien appuie encore, sans aucun des signaux plus haut, ne demande pas une visite d'urgence cette nuit. Gardez-le au calme et appelez-nous à l'ouverture. Et si vous hésitez entre les deux, téléphonez : un appel ne vous engage à rien, et trancher entre « ce soir » et « demain », c'est exactement notre travail.

Soudaine ou progressive

Elle est partie ? Le vrai test, c'est le retour à l'activité

Une boiterie qui disparaît au repos et qui revient dès que le chien court, saute ou monte l'escalier n'est pas une boiterie guérie. C'est même le mécanisme de retard le plus efficace qui existe.

La règle

Si la boiterie revient au retour à l'activité, même brièvement, même une seule fois, prenez rendez-vous. Un plafond de 24 heures ne verra jamais passer ce chien-là : il repasse le test à chaque épisode, et pendant ce temps, rien ne guérit.

Pourquoi cette règle existe : le genou

Le ligament croisé du genou est l'une des causes les plus fréquentes de boiterie d'une patte arrière chez le chien adulte. Et une précision qui change tout : chez le chien, ce ligament ne casse presque jamais comme celui d'un athlète en pleine santé. Il s'use lentement, sur des mois, et il finit par lâcher pendant un mouvement ordinaire, un saut du sofa, un virage au parc. La course de la fin de semaine n'est pas la cause, elle est le moment. Le scénario classique est celui-ci : une boiterie qui s'améliore quelques jours, puis qui revient plus forte quelques semaines plus tard. L'accalmie n'est pas une guérison, et une déchirure partielle finit presque toujours par devenir complète.

« Il pose encore la patte » n'est pas une preuve

C'est ce qui nous permet d'attendre à demain, pas la preuve que la cause est bénigne. Deux des situations les plus lourdes de conséquences se présentent justement comme une boiterie légère avec appui : la déchirure partielle du genou, et la tumeur osseuse du grand chien d'âge mûr, qui commence par une boiterie légère à modérée, lente et graduelle. Méfiez-vous aussi de ce piège : une boiterie qui s'améliore avec un anti-inflammatoire puis qui revient n'est pas une boiterie réglée. C'est même une des façons les plus courantes de passer à côté d'un problème dans l'os.

La boiterie progressive : celle qui s'installe

Elle ne commence pas par un événement. Elle commence par un chien qui se lève plus lentement, qui hésite devant l'escalier, qui raccourcit ses promenades. La raideur du matin qui s'améliore après quelques minutes de mouvement est un signe classique d'arthrose, et l'arthrose se soulage très bien quand on la nomme.

« C'est juste son âge » est la phrase qui retarde le plus la prise en charge de la douleur chez un chien vieillissant. Le vieillissement en soi ne fait pas boiter et ne fait pas hésiter devant un escalier. L'arthrose, oui.

Et méfiez-vous du piège inverse. Si votre chien est déjà suivi pour de l'arthrose, ne mettez pas tout sur son dos. Une arthrose s'installe sur des semaines et des mois. Une boiterie qui arrive d'un coup, ou qui empire nettement en une journée ou deux chez un chien arthrosique, c'est un changement, et un changement s'examine.

Le grand chien d'âge mûr : pourquoi on radiographie tôt

Chez un grand chien d'âge moyen ou plus âgé, une boiterie qui dure, qui revient, ou qui empire au fil des semaines se radiographie tôt, surtout avec un gonflement ferme sur un os. Ce n'est pas parce qu'on présume le pire : c'est parce que la radiographie est le seul moyen de faire la différence entre plusieurs explications qui se ressemblent beaucoup de l'extérieur, et parce que certaines se prennent en charge bien mieux tôt que tard.

FAQ

Questions fréquentes

Les questions qui reviennent le plus au téléphone, et une qu'on n'ose pas toujours poser.

Il boite un peu, mais il court encore comme un fou. Est-ce que j'exagère ?
Non, vous observez, et c'est exactement le bon réflexe. Beaucoup de chiens très motivés ne ralentissent pas : ils continuent parce qu'ils en ont envie, pas parce qu'ils vont bien. La force de la boiterie ne mesure pas la gravité de la blessure, dans un sens comme dans l'autre : certains chiens marchent sur un os fêlé, et d'autres refusent complètement une patte pour un ongle arraché. Si aucun signal des sections 1, 3 et 5 n'est présent, le repos strict jusqu'à l'ouverture est raisonnable, et vous appelez demain matin.
Il boitait hier, ce matin ça va. Est-ce que j'annule le rendez-vous ?
Gardez-le. Une boiterie qui part au repos et qui revient à l'activité est le scénario type d'une lésion qui progresse entre les épisodes : le repos la fait disparaître, l'activité la ramène, et pendant ce temps rien ne se répare. C'est précisément le chien qu'un délai d'observation laisse passer, mois après mois. Un examen aujourd'hui coûte infiniment moins cher qu'un genou diagnostiqué trois mois trop tard.
Je peux lui donner un demi-comprimé de ce que je prends pour mon dos ?
Non, et ce n'est pas une question de dose. Il n'existe pas de « petite dose » fiable à la maison : la même moitié de comprimé n'est pas la même chose pour un chihuahua et pour un labrador, et un chien qui boite, qui mange moins et qui boit moins est justement celui dont les reins encaissent le moins bien. Il y a une deuxième raison, moins connue : ce comprimé change ce qu'on pourra faire demain. On ne met pas un anti-inflammatoire vétérinaire par-dessus un anti-inflammatoire humain, et selon ce qu'il a pris, il faut parfois attendre plusieurs jours. Si votre chien a mal au point que vous pensez à un médicament, ce n'est plus un cas de surveillance à la maison : c'est un appel.
Il a 12 ans. Ce n'est pas juste son âge ?
L'âge n'est pas une maladie, et il ne fait pas boiter. Ce qui fait boiter un chien âgé, le plus souvent, c'est de l'arthrose, et l'arthrose est douloureuse, fréquente et très soulageable. « C'est son âge » est la phrase qui retarde le plus souvent une prise en charge qui aurait rendu ses derniers mois nettement plus confortables. Et attention au piège inverse : si son arthrose est connue et qu'une boiterie apparaît d'un coup ou empire nettement en une journée ou deux, ce n'est plus son arthrose, c'est un changement.
C'est la nuit. Est-ce que ça peut attendre demain matin ?
Ça dépend du tableau, pas de l'heure. Le moindre signe de la section « partez maintenant » (il ne met plus son poids sur la patte, la patte pend, une plaie, une articulation chaude avec de la fièvre, un accident, le train arrière qui lâche) : centre d'urgence maintenant, pas demain. À l'inverse, un chien adulte en forme qui boite légèrement, qui appuie encore et qui dort paisiblement peut se reposer jusqu'à l'ouverture. Dans le doute, appelez un centre 24/7 : décrire la situation est gratuit, et ça vaut mieux qu'une nuit à douter.
Je le laisse bouger un peu ou je l'empêche complètement ?
Pour une boiterie nouvelle et non diagnostiquée, c'est le repos strict, et il est plus strict que ce que les gens imaginent : laisse courte pour les besoins, pas d'escaliers, pas de saut, pas de jeu. Ce n'est pas la même consigne que pour un chien déjà suivi pour de l'arthrose, à qui on demande au contraire de bouger en douceur. La différence tient à une chose : dans un cas on sait ce qu'on ménage, dans l'autre on ne le sait pas encore.
Il boite depuis des semaines et je n'ai rien fait. Est-ce que je lui ai nui ?
C'est la question que beaucoup de gens n'osent pas poser, alors répondons-la franchement. Une boiterie qui va et vient est faite pour tromper : elle disparaît au repos, elle revient à l'effort, et chaque accalmie ressemble à une guérison. Ce n'est pas de la négligence, c'est le fonctionnement normal du problème. Ce qui compte, c'est ce que vous faites maintenant : dans la grande majorité des situations, il reste tout à fait possible de bien faire les choses à partir d'aujourd'hui. Prenez un rendez-vous, apportez une vidéo de sa démarche si vous en avez une, et dites-nous depuis quand. Notre travail est de vous aider, pas de vous juger.

À lire aussi

Le tri honnête, en une phrase

Il ne met plus son poids dessus, la patte pend, il y a une plaie ou un accident, une articulation chaude avec de la fièvre, ou le train arrière qui lâche : partez maintenant. En croissance, fièvre, plusieurs pattes, grand chien d'âge mûr dont la boiterie traîne : le jour même. Boiterie légère chez un adulte en forme qui appuie encore : repos strict jusqu'à l'ouverture, et vous appelez demain matin même s'il semble mieux. Vous n'avez pas à trancher seul : c'est notre travail de trier avec vous.

Votre chien boite et vous hésitez ?

N'hésitez plus : appelez-nous et on trie ensemble. Si un rendez-vous suffit, on vous le dit; si c'est plus pressant, on vous oriente tout de suite.