Symptômes : quoi faire
Guide client · Symptômes et triage

Mon animal a l'œil rouge ou qui coule

chien et chat : ce qui part maintenant, ce qui part aujourd'hui

Un œil rouge, un œil qui coule, un œil qu'il garde fermé : ça ressemble presque toujours à une conjonctivite, et c'est bien là le problème. Une éraflure sur la cornée, une pression trop élevée dans l'œil, une inflammation à l'intérieur, un grain de poussière coincé sous la paupière : quatre situations qui peuvent coûter la vue commencent exactement comme ça. Cette page ne vous donnera pas de diagnostic, elle vous dira ce qui part maintenant, ce qui part aujourd'hui, et la seule chose que vous ne devez surtout pas faire en attendant.

Partez maintenant Aucune goutte Questions fréquentes

Ce guide vous aide à trier; il ne remplace pas l'examen du vétérinaire. Un œil sain n'est pas douloureux. Au moindre doute, appelez-nous au 514 223-1197.

Urgence

Partez maintenant : les signes qui ne peuvent pas attendre

Un seul de ces tableaux suffit. Vous n'avez pas à en cocher plusieurs, ni à décider lequel est le plus grave. N'attendez pas « de voir si ça passe », n'attendez pas le matin : rendez-vous à la clinique ou au centre d'urgence le plus proche, et appelez en route pour qu'on vous attende. Dans l'œil, ce qui se perd en quelques heures ne revient pas toujours.

  • L'œil est sorti de son orbite. Il fait saillie et les paupières se sont refermées derrière lui. Ne le repoussez JAMAIS en place, et ne le laissez pas se frotter. Couvrez l'œil sans appuyer avec une débarbouillette propre mouillée d'eau tiède ou de sérum physiologique, gardez-la humide, et partez. Ça arrive après une chute, une bagarre ou une prise brusque par le collier, et les chiens à museau court y sont beaucoup plus exposés parce que leur orbite est peu profonde.
  • Quelque chose est planté dans l'œil ou dépasse de l'œil. Une épine, une branche, un bout de griffe, un hameçon. NE TIREZ JAMAIS, même doucement, même si ça semble venir tout seul, et ne coupez rien. Mettez le collier élisabéthain s'il y en a un à la maison, empêchez-le de se frotter, et partez tel quel.
  • Un produit a été projeté dans l'œil. Javel, déboucheur, nettoyant à four, antigel, shampooing, colle, sel de déglaçage. Ici, le rinçage EST le traitement et il ne peut pas attendre : rincez doucement à l'eau tiède ou au sérum physiologique pendant au moins 15 minutes, 20 si vous y arrivez, puis faites examiner l'œil même s'il a l'air normal, parce qu'une brûlure chimique peut évoluer. Apportez le contenant, et dites-nous si le produit a pu être léché ou avalé.
  • L'œil a changé d'aspect et la lumière ne le fait plus réagir. Un seul de ces signes suffit : la surface est voilée, bleutée ou terne; la pupille reste large et ne se resserre plus quand vous approchez une lumière; l'œil paraît plus gros ou plus saillant que l'autre; le blanc de l'œil est rouge et l'animal a visiblement mal. C'est le tableau d'une pression trop élevée dans l'œil, un glaucome. L'œil qui grossit est un signe tardif : n'attendez pas de le voir pour partir. Un œil rouge, douloureux ou soudainement plus gros doit être vu sans tarder, et plus la pression dure, plus ce qui est perdu de vision est définitif.
  • Du sang dans l'œil. Une flaque rouge derrière la surface transparente, ou un œil qui se remplit de rouge. Dites-nous aussi s'il a pu avaler du raticide, s'il a des bleus ailleurs, ou s'il saigne du nez.
  • Il ne voit plus. Il se cogne, il hésite dans le noir, il ne suit plus votre main, ou ses deux pupilles restent grandes dans une pièce éclairée. Une perte de vision soudaine est une urgence, et certaines causes se récupèrent si on agit vite.
  • Il garde l'œil fermé après un choc. Une bagarre, un coup de griffe de chat, une branche, une chute, un accrochage en promenade. Un coup de griffe dans l'œil est l'une des blessures oculaires les plus fréquentes, chez le chat comme chez le chien.
  • C'est un chaton dont les paupières ne sont pas encore ouvertes. Elles sont gonflées, bombées, avec du pus qui perle entre les bords. N'essayez jamais de les ouvrir vous-même. Il y a une infection enfermée derrière, elle abîme l'œil pendant qu'elle est prisonnière, et l'ouverture est un geste de clinique.
  • L'œil ET l'état général. Il est abattu, il ne mange plus, il vomit, il titube, il respire mal, il a le nez qui coule et de la fièvre. Regardez aussi le blanc de ses yeux pendant que vous y êtes : du jaune qui apparaît sur ses gencives, sur le blanc de ses yeux ou à l'intérieur de ses oreilles est un signe qui commande de partir, et il n'a rien à voir avec l'œil lui-même. Dans tous ces cas, l'œil est la partie visible de quelque chose de plus général, et c'est ce quelque chose qui commande le délai.
  • Ça a changé en quelques heures. L'œil de ce matin n'est pas celui que vous regardez. Dans l'œil, la vitesse est une information à part entière : ce qui avance vite se traite vite.

Un seul suffit

Vous n'avez pas à décider lequel de ces signes compte le plus. Si un seul vous parle, partez. Si vous hésitez, appelez quand même : trier, c'est notre travail, pas le vôtre. En dehors de nos heures, un centre d'urgence 24/7 répond, et décrire la situation au téléphone n'engage à rien.

Éclaboussures et poisons

Pour les éclaboussures et les poisons, les premiers gestes selon le produit sont dans notre guide des aliments et plantes toxiques. Si nous sommes fermés, la page urgence et l'annuaire des centres 24/7 prennent le relais.

Vous ne vous reconnaissez dans aucun de ces tableaux ?

Tant mieux, et lisez quand même la section suivante avant de faire quoi que ce soit. C'est celle qui évite le plus de dégâts.

La règle numéro un

Ne mettez rien dans cet œil : ni un reste, ni un emprunt, ni une goutte d'humain

C'est la consigne la plus importante de cette page, et elle arrive avant les explications parce qu'elle est probablement en train de se jouer pendant que vous lisez : le vieux flacon est sur le comptoir, ou dans la pharmacie de la salle de bain, et il ressemble exactement à ce dont votre animal a besoin. Il ne l'est pas.

Jamais un reste de traitement. Jamais le médicament d'un autre animal. Jamais un produit de la pharmacie familiale.

Certaines gouttes, les corticostéroïdes en particulier, peuvent aggraver très vite une plaie de l'œil qui n'a pas été examinée, jusqu'à la perforer. Un œil rouge ou douloureux mérite un diagnostic avant tout traitement. Dans le doute, appelez-nous plutôt que d'ouvrir un ancien flacon.

C'est exactement ce que publie déjà notre guide sur les médicaments oculaires, et on ne l'adoucit pas d'un mot ici. Administrer des médicaments pour les yeux.

Pourquoi une goutte de cortisone est le pire scénario

La cortisone calme l'inflammation. Sur un œil dont la surface est intacte, c'est parfois exactement le bon médicament. Sur un œil dont la surface est éraflée, c'est l'inverse : elle freine la cicatrisation et elle laisse le champ libre aux bactéries et aux champignons qui étaient déjà là. Une éraflure superficielle, qui aurait guéri en quelques jours, peut se creuser jusqu'à traverser la cornée. Et voici le nœud du problème : de l'extérieur, un œil éraflé et un œil simplement irrité se ressemblent. La différence ne se voit pas à la lampe de poche. Elle se voit avec un colorant et une lumière bleue, en une minute, à la clinique. C'est tout ce qui sépare la bonne décision de la mauvaise, et ça ne se devine pas.

Et les gouttes d'humain ?

  • Les gouttes « pour les yeux rouges » de la pharmacie. Celles qui font disparaître la rougeur agissent en resserrant les vaisseaux. Elles effacent le signe sans toucher à la cause, et elles effacent en même temps ce qu'on aurait regardé pour comprendre. On arrive alors devant un œil moins rouge et un problème intact.
  • Les gouttes prescrites à un humain. Celles qu'on donne pour « une conjonctivite » contiennent très souvent de la cortisone, seule ou combinée à un antibiotique. C'est le scénario du bloc ci-dessus.
  • Les larmes artificielles. C'est le produit le plus inoffensif de la liste, mais elles ne sont pas inoffensives dans toutes les situations, et surtout elles fausseront le test des larmes qu'on s'apprêtait à faire. Attendez qu'on vous le dise.
  • Le liquide à verres de contact. Ce n'est pas du sérum physiologique : les solutions multifonctions contiennent des désinfectants qui n'ont rien à faire sur une cornée abîmée.
  • Rien qui ne soit pas fait pour un œil. Pas de crème pour la peau, pas de gouttes pour les oreilles, pas d'onguent antibiotique de trousse de premiers soins.

Les remèdes maison qui circulent

La camomille, le thé refroidi, le lait maternel, le sel dans l'eau, le miel, l'argent colloïdal, l'acide borique : aucun ne traite ce qui rend cet œil rouge, plusieurs sont irritants, et tous font la même chose de nuisible, ils ajoutent du temps. Pendant ce temps, ce qui pouvait être réglé en quelques jours devient ce qui laisse une cicatrice.

Vous l'avez déjà fait ? Lisez ceci

Aucun reproche : c'est le réflexe de quelqu'un qui veut aider, et beaucoup de gens le font. Ne recommencez pas, et surtout, dites-nous exactement ce que vous avez mis et à quelle heure, flacon en main si vous l'avez. Ça ne nous choque pas du tout : ça change ce qu'on cherche, ça change l'interprétation des tests, et dans certains cas ça change le traitement. Un propriétaire qui nous le dit nous fait gagner du temps. Un propriétaire qui n'ose pas nous le dire nous en fait perdre.

Ce qui reste permis, et c'est court

Essuyer doucement les sécrétions autour de l'œil avec une débarbouillette propre imbibée d'eau tiède, de l'intérieur vers l'extérieur, une débarbouillette par œil. Rien d'autre. Le seul rinçage qui s'impose sans attendre notre avis, c'est celui d'une éclaboussure de produit chimique, et il est décrit dans la section 1.

Le guide sur les médicaments pour les yeux explique la technique une fois que vous avez une ordonnance : préparer, quel œil, dans quel ordre, et quoi surveiller. Il commence par la même règle que cette section. Administrer des médicaments pour les yeux.

Le bon réflexe

Un œil sain n'est pas douloureux

C'est la phrase que porte déjà notre guide sur les médicaments oculaires, et c'est le meilleur outil de tri que vous ayez ce soir. Vous n'avez pas besoin de savoir ce qu'a votre animal. Vous avez besoin de savoir s'il a mal. La douleur oculaire ne se remet pas au lendemain.

Ce que ça donne à regarder

  • Il garde l'œil fermé, ou à moitié fermé, alors que l'autre est ouvert normalement.
  • Il cligne beaucoup plus de cet œil-là, ou il le plisse.
  • Il se frotte : avec la patte, contre le tapis, contre le coin du divan, contre votre jambe.
  • Une membrane pâle monte en travers de l'œil depuis le coin interne : c'est sa troisième paupière, et elle se relève quand l'œil est douloureux ou irrité.
  • Il fuit la lumière : il se tourne vers le mur, il va dans la pièce sombre, il refuse la fenêtre.
  • L'œil pleure sans arrêt et le poil est mouillé en dessous.
  • Il n'aime plus qu'on lui touche la tête de ce côté-là, ou il recule quand vous approchez la main.
  • Il est simplement « pas lui-même » : plus calme, moins demandeur, il ne vient plus se coller. Chez le chat surtout, c'est parfois le seul signe extérieur d'un œil qui fait très mal.

Un œil qu'il garde fermé, c'est aujourd'hui

Pas demain matin, pas lundi, pas « on regarde comment ça évolue ». Trois raisons, toutes vérifiables :

  • Ce qui fait le plus mal dans un œil, c'est la surface abîmée. Et c'est justement ce qui se creuse. Une éraflure de surface guérit souvent en quelques jours. La même éraflure qui s'infecte peut se creuser en une nuit.
  • La deuxième cause de douleur, c'est la pression. Et elle abîme le nerf pendant qu'elle dure. Le temps compte directement dans ce qu'il gardera comme vision.
  • Il ne peut pas s'empêcher de se frotter. Un bon frottement de patte transforme une éraflure en trou. L'animal aggrave lui-même la blessure chaque fois qu'il y revient, et il y revient tant que personne ne l'en empêche.

Et d'ici là, aucun médicament humain contre la douleur. L'acétaminophène tue un chat, même en un seul comprimé, et l'ibuprofène comme l'aspirine sont dangereux pour le chien comme pour le chat. La douleur d'un œil se règle avec un diagnostic, pas avec la pharmacie de la salle de bain. La section suivante dit exactement pourquoi.

L'inverse n'est pas vrai

Attention au raisonnement à l'envers : un animal qui ne montre pas de douleur n'a pas forcément un œil confortable. Les chats masquent, les chiens stoïques masquent, et les chiens à museau court ont une cornée moins sensible que les autres, donc ils plissent moins alors que leur œil est déjà sérieusement abîmé. La douleur visible fait monter l'urgence d'un cran; son absence ne la fait pas descendre.

L'autre œil compte aussi

Regardez les deux, toujours, et dites-nous ce que vous voyez des deux côtés. Un seul œil atteint oriente plutôt vers quelque chose d'arrivé à cet œil-là : un traumatisme, un corps étranger, une éraflure. Les deux yeux en même temps orientent plutôt vers quelque chose de général : une infection, une allergie, une maladie qui touche tout l'animal. Ce n'est pas une règle absolue, et elle ne change pas quand appeler. Elle change ce qu'on cherchera en premier.

Il garde l'œil fermé, il se frotte, il fuit la lumière ?

Appelez-nous aujourd'hui. Si nous sommes fermés, un centre d'urgence 24/7 répond : décrire la situation au téléphone n'engage à rien.

Entre le vendredi soir et le lundi matin

Il s'écoule plus de soixante heures. Un œil douloureux n'a aucune raison d'attendre que la semaine recommence, et c'est exactement le délai pendant lequel une éraflure se creuse. Si nous sommes fermés, appelez un centre d'urgence 24/7 : on vous dira si c'est maintenant, aujourd'hui, ou un rendez-vous. Vous n'avez pas à trancher seul.

La carte signature

Ne donnez aucun médicament maison

Vous venez de lire qu'un œil gardé fermé, c'est de la douleur. C'est précisément le moment où une main se tend vers l'armoire à pharmacie, et c'est pour ça que cette section arrive ici plutôt qu'à la fin de la page. Ce qui suit vaut pour le chien comme pour le chat.

Acétaminophène (Tylenol)

Mortel pour le chat, même un seul comprimé. Il n'existe aucune dose sécuritaire. Chez le chien, il s'attaque au foie. Et voici le piège qui compte ici : ce n'est pas un anti-inflammatoire, c'est un antidouleur, alors quelqu'un qui applique à la lettre la consigne « pas d'anti-inflammatoire » peut en donner en croyant obéir. Si votre animal en a avalé, c'est une urgence immédiate.

Ibuprofène (Advil), naproxène (Aleve), aspirine

Ulcères digestifs, atteinte des reins. Jamais d'anti-inflammatoire humain, quelle que soit la raison, chez le chien comme chez le chat. Le chat y est encore plus sensible que le chien, et il n'existe pas de version « juste pour une nuit ».

Gravol, Benadryl, antihistaminiques, antiacides

Jamais sans directive. Un antihistaminique ne répare pas une surface abîmée et ne fait pas baisser une pression trop élevée. Un animal qu'on « calme » à l'aveugle, c'est une cause qui continue d'avancer pendant qu'on se rassure.

Les restes d'ordonnance, et le médicament d'un autre animal

Le comprimé qui restait d'une chirurgie l'an dernier, l'antidouleur de l'autre chien : même problème apparent, même poids, même maison, ça ne suffit jamais. Une dose calculée pour un autre patient n'est pas une dose, et ce qui soulage un chien peut tuer un chat.

Et tout ce qui irait dans l'œil

C'est la section 2 de cette page, et c'est la règle la plus stricte du lot : ni un reste, ni un emprunt, ni une goutte d'humain, ni un remède maison. Elle a exactement deux exceptions, l'éclaboussure de produit chimique et un traitement que nous avons déjà prescrit pour cet œil-ci.

Pourquoi soulager à l'aveugle coûte cher sur un œil

Ce n'est pas que tout soit du poison, c'est que le moment et le lieu sont mauvais. Un animal soulagé cesse de plisser et cesse de se frotter, et l'œil a l'air d'aller mieux pendant que la cause avance. Sur un œil, ce qui avance est ce qui se creuse. La douleur oculaire se traite, et elle se traite bien : elle se traite une fois qu'on a regardé la surface, pas avant. Ce soir, votre rôle n'est pas de le soulager, c'est de nous l'amener.

À partir d'ici, chat et chien se séparent

Tout ce qui précède vaut pour les deux : les signes qui commandent de partir, la règle des gouttes, l'œil fermé, la pharmacie. Ce qui suit ne vaut plus pour les deux. Chez le chat, l'œil rouge est le plus souvent une histoire d'infection. Chez le chien, il est presque toujours la conséquence d'autre chose. Les deux volets sont complets : allez directement au vôtre.

Ce qu'on cherche

Quatre tableaux qui commencent tous par un œil rouge

Voici la vraie raison d'être de cette page. « Conjonctivite » veut dire une seule chose : la muqueuse rose autour de l'œil est enflammée. C'est une description, pas un diagnostic, et les quatre situations ci-dessous commencent toutes par exactement ça. Les écarter, c'est tout le travail de l'examen. Vous n'avez pas à les distinguer vous-même, et cette section n'est pas là pour que vous essayiez : elle est là pour que vous compreniez pourquoi on veut voir cet œil au lieu de vous vendre un flacon au téléphone.

Une éraflure sur la cornée, un ulcère cornéen

La cornée, c'est la vitre transparente à l'avant de l'œil. Une griffe de chat, une branche, un grain de sable, un poil qui frotte, un shampooing : il en faut peu. C'est le plus douloureux des quatre, et c'est aussi le plus trompeur, parce qu'une éraflure est invisible à l'œil nu. Certains ulcères restent superficiels et guérissent vite; d'autres se creusent en quelques heures quand des bactéries s'y installent et se mettent à digérer la cornée. C'est ce tableau-là qui rend la cortisone si dangereuse, et c'est le premier qu'on écarte, en une minute, avec un colorant.

Une pression trop élevée dans l'œil, un glaucome

L'œil produit un liquide en permanence et l'évacue en permanence. Quand l'évacuation se bloque, la pression monte, et c'est le nerf de la vision qui encaisse. Un œil rouge, douloureux ou soudainement plus gros peut traduire cette pression trop élevée, qu'il faut abaisser sans tarder pour tenter de préserver la vue. Attention au piège : l'œil qui grossit est un signe tardif, alors n'attendez pas de le voir. Et la douleur d'un glaucome ne ressemble pas toujours à de la douleur : beaucoup de chiens ne plissent pas, ils deviennent simplement moins vifs et dorment plus. Chez le chien, certaines races y sont prédisposées et le deuxième œil est à risque, donc on le surveille lui aussi, même s'il a l'air parfait. Chez le chat, le glaucome est presque toujours la conséquence d'autre chose à l'intérieur de l'œil.

Une inflammation à l'intérieur de l'œil, une uvéite

Ici, le problème n'est pas sur la vitre, il est derrière. L'œil est rouge, la pupille est souvent plus petite que celle de l'autre côté, la lumière est insupportable, et la transparence de l'œil devient trouble, comme une eau brouillée. Ce qui compte pour vous : chez le chat, une uvéite est souvent l'œil qui parle du reste du corps. On cherche alors un peu plus loin que l'œil, avec un dépistage viral, une prise de sang, parfois une mesure de la pression artérielle. Chez le chien, ça suit plutôt un traumatisme, une cataracte de diabète, ou une maladie générale.

Un corps étranger

Un grain de graminée, un bout d'écorce, un poil, un éclat de griffe, du sable, un fragment de végétal collé sous la paupière ou caché derrière la troisième paupière, là où vous ne pouvez pas voir. Le piège est le suivant : l'œil peut n'avoir l'air que « un peu larmoyant » alors que la chose est encore dedans et qu'elle frotte à chaque clignement. On met une goutte d'anesthésique de surface et on retourne les paupières pour aller regarder derrière. C'est précisément le geste qui ne se fait pas à la maison.

Et les causes plus ordinaires ?

Elles existent, elles sont même les plus fréquentes, et ce sont de bonnes nouvelles : une conjonctivite infectieuse chez le chat, une allergie chez le chien, un œil sec, un cil qui frotte, une paupière qui roule vers l'intérieur, une irritation par la poussière ou la fumée. La plupart des yeux rouges qu'on voit finissent là. Mais on n'y arrive pas en devinant : on y arrive en écartant d'abord les quatre du dessus. C'est dans cet ordre que ça se fait, et c'est le seul ordre sûr.

Ce que la couleur de l'écoulement dit, et ne dit pas

C'est la question qui revient le plus au téléphone après « est-ce grave ». Réponse honnête : la couleur oriente à peine, et elle ne trie rien du tout.

  • Clair et liquide. L'œil pleure. Ça accompagne aussi bien une poussière qu'un ulcère très douloureux.
  • Épais, jaune ou vert. Il y a du pus. Ça veut dire une infection ou une inflammation installée, pas forcément grave, pas forcément bénigne.
  • Collant et gris, avec un œil qui a perdu son brillant. Pensez plutôt à un manque de larmes, surtout chez le chien. C'est traitable, et c'est souvent ce qui a été traité en boucle par des gouttes qui ne pouvaient pas fonctionner.
  • Brun-rouge sec sous l'œil. Sans rougeur ni douleur, ce sont des larmes qui débordent et qui tachent le poil. C'est un problème d'écoulement des larmes, pas un problème urgent.

Ce qui trie vraiment, ce n'est pas la couleur : c'est la douleur, la vitesse, l'aspect de la surface et l'état général.

Chez le chat

Chez le chat, l'œil rouge est très souvent une histoire d'infection

C'est la grande différence entre les deux espèces, et elle change complètement ce qu'on cherche. Chez le chat, l'œil qui coule et qui rougit est le plus souvent infectieux, et le plus souvent viral. Ce n'est pas une raison d'attendre : c'est une raison de nommer le coupable, parce que trois germes très différents donnent le même œil rouge et ne se traitent pas de la même façon.

L'herpèsvirus, celui qu'on retrouve derrière la plupart des cas

C'est la « rhinotrachéite » que vous avez vue sur le carnet de vaccination, dans le vaccin FVRCP. La très grande majorité des chats le rencontrent jeunes, souvent avant l'adoption. Et voici ce qu'il faut savoir, parce que ça explique tout le reste : une fois attrapé, il reste à vie, endormi dans les nerfs, et il se réveille quand le chat est stressé. Un déménagement, un nouveau chat, une pension, une chirurgie, une chatte qui allaite, un changement dans la maison : le nez se remet à couler et l'œil redevient rouge.

Ce que ça donne : un œil ou les deux, rouges, qui pleurent, des éternuements, parfois de la fièvre et un chat qui mange moins. Et surtout, une chose que les gens ignorent presque toujours : ce virus-là peut abîmer la cornée lui-même. Ce n'est donc pas « juste une conjonctivite de rhume », et c'est encore une raison de ne rien mettre dedans avant qu'on ait regardé la surface au colorant.

Un antibiotique ne fait rien contre un virus. On en prescrit parfois quand même, mais c'est pour une deuxième infection venue s'installer par-dessus, jamais pour le virus lui-même.

Sur la lysine : c'est le supplément qu'on recommande depuis longtemps pour ce virus, et vous en avez sûrement entendu parler. Les travaux qui l'ont évaluée sérieusement ne montrent pas de bénéfice, et une revue systématique conclut qu'elle n'est efficace ni pour prévenir ni pour traiter l'infection. On ne vous dira donc pas d'en acheter. Ce qui aide vraiment un chat herpétique, c'est de baisser le stress, de garder l'œil propre, de traiter les complications quand elles arrivent, et de nous appeler tôt plutôt que tard.

Le calicivirus

L'autre virus du vaccin FVRCP. Il donne plutôt des ulcères dans la bouche, un chat qui bave et qui n'ose plus manger, parfois une boiterie qui va et vient. Une conjonctivite l'accompagne souvent, mais l'œil n'est pas la vedette du tableau.

Si votre chat a l'œil rouge ET la bouche douloureuse ET qu'il ne mange plus, c'est le tableau complet qu'on veut voir, pas l'œil tout seul : un chat qui ne mange plus, chez nous, ça se compte en heures.

La chlamydiose du chat

Celle-là, c'est la spécialiste de l'œil. C'est une bactérie du chat, Chlamydia felis, et ce n'est pas celle dont on parle chez l'humain. Elle donne la conjonctive la plus gonflée, la plus « en chair », parfois au point que le rose déborde et cache une partie de l'œil. Elle commence souvent d'un seul côté et gagne l'autre œil quelques jours plus tard. Elle est typique des chatons, des refuges et des maisons à plusieurs chats.

Elle répond à un antibiotique bien précis, qui n'est pas celui qu'on choisirait au hasard, et pas pour trois jours : c'est exactement pour ça que la nommer change quelque chose, alors que « conjonctivite » ne change rien. Lavez-vous les mains après avoir touché l'œil et avant de toucher un autre chat.

Comment on nomme le coupable

À l'œil, les trois se ressemblent trop pour qu'on tranche en regardant. Quand ça compte, on peut faire un prélèvement au coin de l'œil, avec un écouvillon, pour aller chercher lequel des trois est là. On ne le fait pas systématiquement; on le fait quand la réponse va changer quelque chose : une maison avec plusieurs chats, un cas qui revient sans arrêt, un chaton, un œil qui ne répond pas au traitement. Ce prélèvement se prend avant les gouttes de l'examen, ce qui est une raison de plus de ne rien avoir mis dans cet œil en arrivant.

Et le traitement, lui, n'attend pas la réponse : votre vétérinaire commence selon ce qu'il voit, et le nom du germe sert à ajuster ensuite s'il change quelque chose.

L'uvéite du chat : quand l'œil parle du reste du corps

Chez le chat, une inflammation à l'intérieur de l'œil est souvent le signe visible de quelque chose de général. Ça peut être une infection virale, un parasite attrapé par la chasse ou la viande crue, une pression artérielle trop élevée chez un chat âgé, plus rarement une maladie tumorale. C'est pourquoi, devant un œil rouge et douloureux chez un chat, on ne se contente pas de traiter l'œil : on propose souvent un dépistage viral et une prise de sang, et chez le chat qui vieillit, une mesure de la pression artérielle. L'hypertension est silencieuse chez le chat et se révèle parfois par une cécité soudaine; elle accompagne souvent une maladie de reins ou de thyroïde, et elle se traite.

La tension artérielle se mesure ici, chez le chien comme chez le chat, sur un animal éveillé, sans piqûre et sans anesthésie : un brassard, une pièce calme, plusieurs mesures dont on garde la moyenne. Ce n'est pas un geste automatique à chaque visite; on la prend quand le tableau le demande.

Le chaton aux yeux collés

Deux situations différentes portent le même nom dans la bouche des propriétaires, et elles ne se gèrent pas pareil.

  • Le nouveau-né dont les paupières ne sont pas encore ouvertes. Les yeux d'un chaton s'ouvrent dans les deux premières semaines de vie. Si, avant l'ouverture, une paupière devient gonflée, bombée, avec du pus qui perle entre les bords, il y a une infection enfermée derrière une porte close. Elle abîme la cornée pendant qu'elle est prisonnière, et un chaton peut y perdre l'œil. N'essayez jamais d'ouvrir les paupières vous-même : on ouvre ça délicatement en clinique, on rince, on regarde ce qu'il y a dessous, et on traite. C'est aujourd'hui, pas la semaine prochaine.
  • Le chaton de quelques semaines dont les paupières sont collées par des croûtes. Presque toujours un herpès ou une chlamydiose. Les croûtes soudent les bords des paupières, l'œil continue de s'abîmer en dessous, et dans les cas négligés la paupière finit par coller à l'œil lui-même, ce qui laisse une séquelle définitive. Ramollissez les croûtes avec une débarbouillette propre et de l'eau tiède, sans jamais forcer, sans jamais tirer, et appelez-nous le jour même. Un chaton qui arrive tôt garde son œil; un chaton qui arrive dans trois semaines, souvent non.

Plusieurs chats à la maison

Ces infections circulent. Séparez-les si c'est faisable, chacun sa gamelle et son bol d'eau, lavez-vous les mains entre les deux, et dites-nous combien de chats vivent là et lesquels ont des signes. Ne traitez surtout pas les autres chats « au cas où » avec ce qu'on aura prescrit pour celui-là : le même œil rouge n'a pas forcément la même cause chez le deuxième chat, et un flacon partagé transporte l'infection d'un œil à l'autre.

Chez le chien

Chez le chien, l'œil rouge est rarement une infection qui arrive toute seule

C'est le renversement à connaître. Chez le chien, une vraie conjonctivite infectieuse qui apparaît sans rien derrière est peu fréquente. Quand un œil de chien est rouge, il y a presque toujours autre chose : une allergie, un manque de larmes, un cil ou une paupière qui frotte, un corps étranger, ou une blessure. C'est pour ça que les gouttes antibiotiques d'un chien qui a « des conjonctivites à répétition » ne règlent jamais rien : elles traitent la conséquence.

L'allergie de peau

Le chien qui se gratte, qui se lèche les pattes, qui a les oreilles chaudes, a souvent aussi le contour des yeux rouge et le museau qu'il frotte partout. Chez lui, l'œil fait partie de la peau, et c'est l'allergie qu'il faut prendre en charge, pas l'œil isolément. Notre fiche sur les allergies signale déjà « un œil atteint » comme un motif de consultation qui n'attend pas, et cette page ne dit pas autre chose.

L'œil sec, un manque de larmes

Celui-ci mérite votre attention, parce que c'est le grand oublié. Certains chiens ne fabriquent plus assez de larmes. Le résultat : un écoulement épais, collant, gris ou verdâtre, qui revient toujours, un œil qui perd son brillant et qui a l'air terne, et un chien qui cligne beaucoup. Ces chiens-là ont souvent été traités trois ou quatre fois pour « une conjonctivite » avec des gouttes qui ne pouvaient pas fonctionner, parce que le problème n'était pas le microbe, c'était la sécheresse.

Un test de larmes règle la question en une minute : une petite bandelette de papier au coin de l'œil pendant un instant, et on lit combien de larmes arrivent. Les museaux courts et plusieurs races à petits yeux ronds y sont prédisposés. Non traité, un œil sec finit par cicatriser, se pigmenter et voir de moins en moins. Traité, il redevient confortable. C'est exactement le genre de diagnostic qui vaut la visite.

Les museaux courts, une catégorie à part

Bouledogue anglais et français, carlin, shih tzu, boston, pékinois, boxer, et côté chat le persan. Trois choses se combinent chez eux : leurs yeux sont grands, ronds et très exposés, dans une orbite peu profonde; leurs paupières ne se ferment pas toujours complètement, y compris pendant le sommeil, donc le centre de la cornée sèche; et leur cornée est moins sensible que celle des autres chiens, ce qui veut dire qu'ils montrent moins de douleur pour une blessure plus grave.

Chez eux, un œil qui plisse, qui pleure ou qui a perdu son brillant est un œil à faire voir aujourd'hui, sans discussion, et un œil qui a changé d'aspect depuis ce matin est un appel immédiat. Un ulcère qui aurait mis une semaine à s'aggraver chez un autre chien peut se creuser en une nuit chez eux.

Des cils et des paupières qui frottent

Une paupière qui roule vers l'intérieur, un cil qui pousse au mauvais endroit, un repli de peau du nez dont les poils balaient la cornée à chaque clignement. Ce sont des problèmes mécaniques : ils ne se calment pas avec un produit, ils se corrigent. C'est souvent le vrai diagnostic derrière un chien jeune qui a « toujours eu un œil qui coule », et le corriger met fin à des années de gouttes inutiles.

La petite boule rose dans le coin de l'œil

Chez un jeune chien, une masse rose bombée qui apparaît d'un coup dans le coin interne, c'est souvent la glande de la troisième paupière qui a basculé de sa place. On l'appelle familièrement « l'œil de cerise ». Ce n'est pas une urgence de nuit, c'est un rendez-vous. Le point important : cette glande ne s'enlève pas, elle se remet en place. Elle fabrique une bonne partie des larmes, et la retirer expose l'œil à une sécheresse permanente. Si on vous propose de l'exciser, posez la question.

Le chien diabétique, et le chien qui vieillit

Chez un chien diabétique, la cataracte est la complication la plus fréquente, et une cataracte qui gonfle peut rendre l'œil rouge et douloureux. Un chien diabétique dont un œil devient rouge n'est donc pas un cas ordinaire : dites-nous qu'il est diabétique dès l'appel.

Chez le chien âgé, deux choses très différentes se ressemblent. Un œil qui devient un peu bleuté avec l'âge, sans rougeur et sans douleur, est le plus souvent une sclérose du cristallin : c'est bénin et ça gêne peu la vision. Un œil trouble qui est EN PLUS rouge, douloureux, ou plus gros, ce n'est pas ça du tout. Et une perte de vision soudaine, un chien qui se cogne ou qui hésite dans le noir, est une urgence à part entière.

Ce qui entre dans un œil de chien

L'été, les graminées : un épillet peut entrer sous la paupière en quelques secondes dans un champ. L'hiver, le sel et les projections de la rue. Toute l'année : la tête sortie par la fenêtre de l'auto, qui envoie du gravier à pleine vitesse dans un œil grand ouvert. Et la bagarre, avec la griffe d'un chat qui vit dans la même maison. Si votre chien a l'œil fermé au retour d'une promenade dans les hautes herbes, partez du principe qu'il y a quelque chose dedans jusqu'à preuve du contraire.

Le rendez-vous

Ce qu'on fait, dans quel ordre, et pourquoi l'ordre compte

Beaucoup de gens repoussent le rendez-vous parce qu'ils imaginent quelque chose de compliqué ou de douloureux. C'est l'inverse : l'examen d'un œil est rapide, il ne fait pas mal, et il se fait sur un animal éveillé, sur la table, pendant que vous êtes là. Voici exactement ce qui se passe.

  1. On regarde d'abord, sans rien mettre. La position des paupières, la façon dont il cligne, la taille des deux pupilles, la réaction à la lumière, le brillant de la surface. Beaucoup de réponses sont déjà là.
  2. Le prélèvement, s'il y en a un. Chez le chat dont on veut nommer le germe, l'écouvillon au coin de l'œil se prend AVANT toute goutte : l'anesthésique de surface et le colorant réduisent la fiabilité du test et peuvent le faire revenir faussement négatif. C'est la même logique que le test des larmes qui suit, et c'est encore une raison de ne rien avoir mis dans cet œil avant de venir.
  3. Le test des larmes. Une bandelette de papier posée au coin de l'œil pendant un court moment. Ce test doit venir tôt, parce qu'une seule goutte de quoi que ce soit le fausse. C'est la raison pratique pour laquelle on vous demande de ne rien mettre dans cet œil avant de venir, pas même de l'eau.
  4. La mesure de la pression. Un petit instrument effleure la surface une fraction de seconde, après une goutte d'anesthésique de surface, et affiche la pression à l'intérieur de l'œil. Ça ne fait pas mal et ça ne demande aucune sédation. Une pression élevée, c'est un glaucome; une pression basse, c'est plutôt une inflammation à l'intérieur. Les deux se traitent, et pas du tout de la même manière : c'est un des moments où l'examen change vraiment le plan.
  5. La fluorescéine. Une goutte de colorant orange qui ne s'accroche qu'aux endroits où la surface est abîmée, puis une lumière bleue. Ce qui s'allume en vert, c'est l'éraflure. C'est le test qui décide si une goutte de cortisone est un bon médicament ou une catastrophe.
  6. On retourne les paupières. Y compris la troisième, pour aller regarder derrière, là où les corps étrangers se cachent. Toujours avec un anesthésique de surface, donc sans douleur.
  7. On regarde le fond de l'œil. La rétine et le départ du nerf. Pour bien voir le fond de l'œil, il faut parfois dilater la pupille avec une goutte. Elle ne fait pas mal. Elle rend simplement votre animal sensible à la lumière un moment, le temps que ça se dissipe : prévoyez un retour tranquille, et pas de plein soleil.
  8. Et selon le tableau. Une mesure de la pression artérielle chez le chat qui vieillit, une prise de sang, un dépistage viral, une recherche de cause générale. Parce que l'œil est parfois la fenêtre, pas la maison.

Dites-nous que c'est pour un œil

En appelant ou en remplissant le formulaire, précisez qu'il s'agit d'un œil et depuis quand. Ça change ce qu'on prépare et ce qu'on cherche en premier, et ça nous permet de vous poser les bonnes questions tout de suite.

Ce qu'on fait ici, et ce qui part ailleurs

L'examen de l'œil se fait ici : le test des larmes, le colorant et la lumière bleue, la mesure de la pression, une goutte qui dilate la pupille pour aller regarder le fond, et le tour des paupières, la troisième comprise.

La chirurgie de l'œil aussi, pendant nos heures d'ouverture : nettoyer un ulcère, suturer une cornée déchirée, recouvrir une cornée en péril pour la protéger le temps qu'elle guérisse, corriger une paupière qui roule vers l'intérieur, remettre en place la glande de la troisième paupière, retirer une masse au bord d'une paupière, et retirer un œil qui ne peut plus être sauvé.

Quand l'œil doit être regardé en échographie, c'est une équipe mobile qui se déplace jusqu'à nous : votre animal ne voyage pas.

Un œil blessé ou douloureux le soir, la nuit ou un jour où nous sommes fermés n'attend pas notre ouverture : allez à un centre ouvert 24/7, puis prévenez-nous pour la suite.

Ce qui part chez un ophtalmologiste vétérinaire, on vous le dit franchement et on vous y dirige : la chirurgie de la cataracte, la chirurgie du glaucome, les maladies de la rétine, qu'on peut regarder ici sans les traiter ici.

Le traitement repart avec vous

Quand il faut un traitement, il est dispensé sur place à notre pharmacie, avec le mode d'emploi expliqué avant que vous partiez : quel œil, combien de fois, dans quel ordre s'il y a deux produits, et ce qu'il faut surveiller. Et il vous est remis pour CET œil-là, ce jour-là, ce qui est la meilleure réponse possible à la tentation du vieux flacon.

Une fois l'ordonnance en main, le guide sur les médicaments pour les yeux reprend le relais : la préparation, la technique, l'ordre des produits, et ce qui demande de nous rappeler. Administrer des médicaments pour les yeux.

Un œil qui inquiète ?

Prenez rendez-vous en précisant qu'il s'agit d'un œil. Si c'est douloureux ou si c'est arrivé aujourd'hui, appelez plutôt que d'écrire.

En attendant

Les prochaines heures : ce qui aide, ce qui nuit

Ces gestes servent à passer les prochaines heures sans que l'œil s'abîme davantage. Aucun n'est un traitement, et aucun n'est un test : s'ils soulagent, tant mieux, on le saura demain; s'ils ne soulagent rien, ça ne change rien, le rendez-vous tient.

Ce qui aide

  • Le collier élisabéthain, maintenant. C'est le geste le plus utile de la liste, et de loin. Un bon frottement de patte peut transformer une éraflure en trou, et il se frotte parce qu'il a mal, donc il recommencera. Si vous en avez un à la maison, mettez-le tout de suite. Si vous n'en avez pas, gardez-le avec vous et occupez ses pattes.
  • Essuyer les sécrétions. Doucement, avec une débarbouillette propre imbibée d'eau tiède, de l'intérieur vers l'extérieur. Une débarbouillette par œil, pour ne pas transporter l'infection d'un côté à l'autre. On nettoie autour de l'œil, on ne frotte pas l'œil.
  • Baisser la lumière. Un œil qui fait mal déteste la lumière. Une pièce calme et sombre, les rideaux tirés, pas de promenade en plein soleil.
  • Éviter ce qui agresse. Pas de hautes herbes, pas de vent, pas de poussière, pas de fenêtre d'auto ouverte, pas de shampooing, pas de fumée dans la maison.
  • Prendre une photo, maintenant. De face et de côté, à la lumière du jour, sans flash. La photo de côté montre le relief de la surface, et c'est souvent celle qui parle le plus. Filmez-le aussi quelques secondes en train de cligner. Cette image de l'œil avant tout traitement nous est extrêmement utile, et elle disparaît si vous mettez quelque chose dedans.
  • Noter l'heure exacte où vous l'avez remarqué. Et ce qui s'est passé juste avant : une bagarre, une promenade, un bain, un nouveau produit ménager, un nouveau chat dans la maison.

Ce qui nuit

  • Aucune goutte, aucun onguent, aucun rinçage. C'est la section 2, et elle a exactement deux exceptions : l'éclaboussure de produit chimique décrite dans la section 1, et un traitement que nous avons prescrit pour CET œil-ci et qui est déjà en cours. Dans ce cas-là, n'arrêtez rien et n'ajoutez rien de vous-même : dites-nous à l'appel ce qu'il reçoit, depuis quand et combien de fois par jour, et on vous dira quoi faire d'ici le rendez-vous.
  • Ne retirez rien. Rien de ce qui est planté dans l'œil, et ne coupez rien.
  • N'ouvrez pas de force les paupières d'un chaton. Et ne décollez pas des croûtes à sec.
  • Ne mettez pas de pansement, de compresse ni de bandage sur l'œil. Un œil couvert ne se surveille plus, et la pression n'améliore rien. Une seule exception, celle du premier tableau de la section 1 : l'œil sorti de son orbite se couvre sans appuyer d'une débarbouillette humide, gardée humide, le temps du trajet.
  • Aucun médicament humain contre la douleur. L'acétaminophène est mortel pour le chat, même un seul comprimé, et les anti-inflammatoires humains sont toxiques pour les deux espèces. Un animal qu'on « soulage » à l'aveugle, c'est une cause qui continue d'avancer pendant qu'on se rassure. La section 4 en fait la liste.
  • N'attendez pas de voir si le deuxième œil s'y met. Ce n'est pas un test, c'est un délai.
  • Ne laissez pas passer la nuit. En vous disant que vous verrez au matin. C'est précisément la durée pendant laquelle un ulcère se creuse.

Préparez votre appel (2 minutes)

  • Quel œil, depuis quand exactement, et est-ce que ça a changé depuis ce matin ?
  • Est-ce qu'il le garde fermé ? Est-ce qu'il se frotte ? Est-ce qu'il fuit la lumière ?
  • L'écoulement : clair, jaune, vert, épais, collant ? Beaucoup ou un peu ?
  • La surface est-elle encore brillante, ou est-ce qu'elle a un voile ?
  • Est-ce qu'il se cogne, est-ce qu'il hésite dans le noir ?
  • Quelque chose est-il arrivé : bagarre, promenade dans les herbes, produit ménager, bain, chute ?
  • Ses maladies connues, ses médicaments en cours, et surtout tout ce qui a déjà été mis dans cet œil, y compris hier, y compris de l'eau.
  • Y a-t-il d'autres animaux à la maison, et l'un d'eux a-t-il les yeux ou le nez qui coulent ?
FAQ

Questions fréquentes

Les questions qui reviennent le plus au téléphone, et celle que personne n'ose poser.

Il me reste des gouttes de la dernière fois. Je peux les utiliser ?
Non, et c'est la question la plus importante de cette page. Trois raisons. Un : ce n'est probablement pas le même problème, même si l'œil a la même allure. Deux : un flacon entamé n'est plus stérile, et un flacon qui a servi sur un œil infecté transporte cette infection. Trois, et c'est la seule qui compte vraiment : si ce flacon contient un corticostéroïde, il peut aggraver très vite une plaie de l'œil qui n'a pas été examinée, jusqu'à la perforer. Personne n'a regardé CET œil-ci cette fois-ci, et une éraflure ne se voit pas à la lampe de poche. Notre guide sur les médicaments oculaires est catégorique là-dessus. Dans le doute, appelez-nous plutôt que d'ouvrir un ancien flacon.
Et des gouttes pour les yeux d'humain ? Du sérum, des larmes artificielles ?
Non plus, et pour des raisons différentes selon le produit. Les gouttes de pharmacie qui « enlèvent la rougeur » resserrent les vaisseaux : elles effacent le signe, pas la cause, et elles effacent en même temps ce qu'on serait allé regarder. Les gouttes prescrites à un humain pour une conjonctivite contiennent très souvent de la cortisone, c'est-à-dire exactement le produit qui rend un ulcère dangereux. Les larmes artificielles sont les plus inoffensives du lot, mais elles fausseront le test des larmes qu'on s'apprêtait à faire, donc elles nous coûtent une information. Et le liquide à verres de contact n'est pas du sérum physiologique : les solutions multifonctions contiennent des désinfectants. La seule exception de toute cette page, c'est l'éclaboussure de produit chimique : là, le rinçage est le traitement et il ne peut pas attendre.
Il garde l'œil fermé mais il mange, il joue, il a l'air bien. Ça peut attendre demain ?
Non, et c'est justement le cas de figure pour lequel cette page existe. Un animal peut manger et jouer avec un œil qui est en train de s'abîmer : ils n'arrêtent pas leur vie pour un œil, même quand il fait très mal. Un œil qu'il garde fermé, c'est de la douleur, et la douleur oculaire se règle le jour même. Trois choses avancent pendant la nuit : une éraflure de surface qui s'infecte et se creuse, une pression qui abîme le nerf tant qu'elle dure, et un animal qui revient se frotter l'œil tant qu'il a mal. Appelez-nous aujourd'hui. Si nous sommes fermés, appelez un centre d'urgence 24/7 et décrivez la situation : ça n'engage à rien, et on ne vous laissera pas décider seul.
Faut-il vraiment lui mettre le collier ? Il le déteste.
Oui, et c'est le geste le plus utile que vous puissiez faire d'ici le rendez-vous. Ce n'est pas une question de confort, c'est une question de mécanique : un bon frottement de patte peut transformer une éraflure superficielle en trou dans la cornée, et il se frotte précisément parce qu'il a mal, donc il recommencera dès que vous aurez le dos tourné. On voit régulièrement des yeux perdus entre le moment où le propriétaire a remarqué le problème et le moment du rendez-vous, et c'est presque toujours l'animal lui-même qui a fait le dernier dégât. Notre guide du collier élisabéthain explique comment le rendre supportable : la plupart des animaux s'y font en quelques heures. Si vous n'en avez pas à la maison, restez avec lui et occupez ses pattes.
Mon vieux chien a l'œil qui devient bleuté. C'est une cataracte ? Est-ce qu'il devient aveugle ?
Le plus souvent, non, et c'est une bonne nouvelle qu'on donne souvent. Un œil qui devient un peu bleuté avec l'âge est généralement une sclérose du cristallin : c'est bénin, ça gêne peu la vision, et ça se surveille sans traiter. La cataracte, elle, est une vraie opacité qui peut aveugler et qui accompagne parfois le diabète. Ce qui change tout, ce n'est pas la teinte, c'est ce qui l'accompagne : un œil trouble qui est EN PLUS rouge, douloureux ou plus gros, ce n'est ni l'un ni l'autre, c'est un œil à voir sans tarder. Et une perte de vision SOUDAINE, un chien qui se cogne ou qui hésite dans le noir, est une urgence à part entière : lisez notre guide sur l'animal senior et appelez-nous.
Mon chat éternue et a les deux yeux qui coulent. C'est contagieux pour mes autres chats ? Et pour moi ?
Pour vos autres chats, oui, très probablement : les trois germes les plus fréquents chez le chat, l'herpèsvirus, le calicivirus et la chlamydiose, circulent bien dans une maison. Séparez-les si c'est faisable, chacun sa gamelle et son bol d'eau, lavez-vous les mains entre les deux, et dites-nous combien de chats vivent là et lesquels ont des signes. Pour vous, non : les virus respiratoires du chat ne se transmettent pas à l'humain. Des cas de conjonctivite humaine liés à la bactérie du chat ont été rapportés, ils sont très rares, et se laver les mains après avoir touché l'œil suffit à s'en préoccuper raisonnablement. Ne traitez surtout pas les autres chats avec ce qu'on aura prescrit pour celui-là : ce n'est pas forcément la même cause, et un flacon partagé transporte l'infection d'un œil à l'autre.
Mon chaton a les yeux collés. Je peux les ouvrir avec de l'eau tiède ?
Ça dépend de son âge, et la différence est importante. Si ses paupières ne se sont jamais ouvertes (les yeux d'un chaton s'ouvrent dans les deux premières semaines de vie) et qu'elles sont gonflées, bombées, avec du pus qui perle entre les bords : n'y touchez pas. Il y a une infection enfermée derrière, elle abîme la cornée pendant qu'elle est prisonnière, et l'ouverture se fait en clinique, aujourd'hui. Un chaton peut y perdre l'œil. Si ses yeux étaient déjà ouverts et que ce sont des croûtes qui soudent les paupières, ramollissez-les avec une débarbouillette propre et de l'eau tiède, sans jamais forcer et sans jamais tirer, puis appelez-nous le jour même. Dans les deux cas, ne mettez rien d'autre dedans, et ne laissez pas passer la semaine : c'est le délai qui coûte les yeux des chatons, pas la gravité initiale.
La lysine, la camomille, le sérum physiologique : est-ce que ça peut aider en attendant ?
La lysine, on la recommande depuis longtemps chez le chat porteur d'herpèsvirus, et vous en avez probablement entendu parler. Les travaux sérieux ne montrent pas de bénéfice, et une revue systématique conclut qu'elle n'est efficace ni en prévention ni en traitement. On ne vous dira donc pas d'en acheter. La camomille, le thé, le lait, le miel, l'eau salée, l'argent colloïdal : aucun ne traite ce qui rend cet œil rouge, plusieurs sont irritants, et tous font la même chose de nuisible, ils ajoutent du temps. Le sérum physiologique n'est pas dangereux, mais un rinçage ne règle rien sur un œil qui n'a pas été examiné et il peut fausser le test des larmes. Ce qui aide vraiment d'ici le rendez-vous tient en quatre gestes : le collier, essuyer les sécrétions autour de l'œil avec une débarbouillette propre et de l'eau tiède, baisser la lumière, et prendre une photo.
Est-ce qu'il va perdre son œil ? Est-ce qu'il va devenir aveugle ?
C'est la question que la plupart des gens n'osent pas poser au téléphone, alors répondons-la franchement. La très grande majorité des yeux rouges qu'on voit se règlent complètement, et l'animal repart avec sa vision intacte : une conjonctivite chez le chat, une allergie chez le chien, une éraflure de surface, un corps étranger qu'on retire. C'est ça, le scénario ordinaire. Il existe des situations qui coûtent la vue, et elles sont dans la première section de cette page : elles se comptent en heures, pas en semaines, et c'est exactement pour ça qu'on écrit une page entière sur le fait de ne pas attendre et de ne rien mettre dedans. Ce qui décide, ce n'est presque jamais la gravité du premier jour : c'est le délai, et c'est le traitement à l'aveugle. Ces deux choses-là sont dans vos mains ce soir. Et si la vision est déjà touchée, un animal aveugle peut avoir une excellente qualité de vie une fois l'œil confortable : notre guide sur la maison adaptée à un animal aveugle existe exactement pour ça, et on ne vous laissera pas seul avec ça.

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Le tri honnête, en une phrase

Œil sorti, objet planté, produit chimique, pupille figée sur un œil voilé, sang dans l'œil, perte de vision, choc, chaton aux paupières bombées : partez maintenant. Œil gardé fermé, qui plisse, qui se frotte ou qui fuit la lumière : c'est aujourd'hui. Et quel que soit le tableau, entre maintenant et le rendez-vous, il ne se met rien dans cet œil, parce que la seule chose qui puisse encore être gâchée, c'est de traiter à l'aveugle un œil que personne n'a regardé.

Un œil qui inquiète, et vous hésitez à déranger ?

N'hésitez plus : hésiter à appeler est déjà une raison d'appeler. On trie ensemble, et si un rendez-vous suffit, on vous le dit tout de suite. Précisez qu'il s'agit d'un œil.